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Le bâtiment tout entier suffisait à troubler Giorno. Pourtant, le parvis extérieur était agréable, la structure antique de l’édifice et les arbres centenaires ajoutaient du cachet au lieu. Peut-être était-ce lié au fait que cet endroit lui rappelait là où tout avait commencé : l’épreuve de Polpo.
Quant aux chambres du dortoir, elles avaient au moins l’avantage d’offrir un lieu de répos aux étudiants. Ça avait été plutôt du répit dans le cas de Giorno.
La nouvelle agente d’entretien, une vieille femme seule depuis la mort de son mari, il y a des années de cela, si l’on en croyait les rumeurs, l’ignora. Depuis la mort suspecte du précédent concierge par Black Sabbath, le personnel de nettoyage se faisait discret, voulant probablement éviter tout ennui. Le vigil à l’entrée, qui était plutôt occuper à paresser sur sa chaise, qu’à guetter véritablement toute intrusion, ne fit pas non plus attention à lui. Le campus était désert, peut-être parce que les congés universitaires s’étendaient encore, Giorno n’avait pas pour habitude de faire dans le hasard. Ce jour-ci avait été sélectionné avec soin, et même prévu depuis plusieurs semaines dans son esprit. Uniquement dans sa tête, impossible d’en parler avec Bucciarati. C’était… trop intime, du moins pour le moment. Les années suivantes donneraient tort à la méfiance du blond.
Même la traversée du couloir, du portique, était inhabituellement rapide, peut-être était-ce dû aux battements agressifs du cœur de Giorno ? Ses mains étaient moites. Pourquoi ? Le don n’aurait pas su vous l’expliquer. Bien sûr, avec le recul, il vous aurait dit que cet endroit avait été pour lui un abri contre le monde, un monde qui avait été violent avec lui. Seulement, le quitter, signifiait quitter son cocon, sa pièce protégée, au profit d’une vie moins solitaire, plus exigeante mais certainement plus épanouissante.
Les pas de Giorno l’arrêtèrent devant une mince porte du couloir. Sa main se contracta autour du métal froid de la clé. Il devait le faire. Prenant une brève inspiration, Giorno déverrouilla la serrure. Un unique clic et la porte vola, dévoilant la pièce.
L’air était austère, probablement à cause des doubles fenêtres fermés depuis des mois à présent. La main du blond navigua vers l’interrupteur et la lumière vacilla, mécontente après tant d’inutilité. L’endroit était tel que dans ses souvenirs, jusque dans les moindres petits détails. La petite pièce était carrée, uniquement composé d’un lit, de quelques étagères, d’une armoire et un bureau. Un style simpliste.
Giorno glissa son doigt le long des livres qui se détachaient du mur, dégageant une fine pellicule de poussière, accumulée avec le manque d’entretien. Même les draps du lit sentaient le renfermé. Le blond s’assit sur le tissu, les yeux hagards. Il posa ses mains sur ses genoux.
Quatre mois. Quatre long mois pendant lesquels il n’avait pas mis les pieds dans le dortoir. Remarquant son inactivité, c’était un voisin de chambre qui l’avait signalé. Il avait alors reçu une missive explicite : il devait quitter le lieu au plus vite et récupérer ces effets. Au même moment, l’école devait s’être aperçu de son absence. Le décrochage scolaire bien que rare était souvent mal considéré par son ancien collège. C’est pourquoi Giorno n’était pas surpris de ne pas avoir reçu de convocation, avant la lettre d’expulsion pure et simple qu’il avait eue. Le directeur ne l’avait jamais estimé. Un jour, Giorno se souvenait s’être rendu à son bureau pour de simple formalité de base lié à son transfert. L’homme, un grand blond à la mâchoire carrée, l’avait dévisagé pendant une dizaine de seconde avant de l’appeler par son prénom japonais. Bien sûr, Giorno l’avait lentement repris, sans montrer le moindre agacement. Il savait depuis le temps, que même si le changement de nom à l’Etat civil avait été accepté, son ancien patronyme le suivait, notamment dans ses dossiers scolaires. Un étranger, de surcroit japonais, ça ne s’effaçait pas. Il avait appris, plus tard, que son beau-père jouissait également d’une mauvaise réputation au sein de l’établissement. Il n’avait jamais vraiment sû pourquoi, n’étant pas proche des autres élèves. Jusqu’à qu’un jour, un jeune, plus âgé de lui, ne lui demande si son père « vendait » toujours. Il avait compris. L’adolescent ne lui avait plus jamais adressé la parole, ni daignait un seul regard après cela.
Un nuage passa à travers la fenêtre.
La main du blond survola la table de chevet trouvant un portefeuille. Pas le sien. Une bouffée de nostalgie et de gêne le traversa. Depuis quand n’avait-il pas eu besoin à cette pratique basse pour subsister ? Avec Bucciarati, son ascension au sein de Passione, il avait presque oublié. Il disposait maintenant de repas régulier et son compte en banque était plus que fournit. Peut-être devait-il le rendre à son propriétaire ? Non. Ce n’était plus une éventualité, s’il venait à s’ébruiter que le nouveau don n’était qu’un misérable voleur des rues auparavant… À côté de l’objet, dans le fond du tiroir du meuble, le doigt du blond trouva un pin. Un sourire fugace remplit son visage alors qu’il approchait l’accessoire à hauteur de ses yeux. C’était une petite coccinelle verte et beige, légèrement cabossée sur l’aile gauche. Une des premières transformations qu’il avait fait à l’aide de son stand. Il ne se souvenait même plus de l’avoir conservée. Le contexte à cette époque, ne représentait pas des bons souvenirs. Il avait passé des heures sur le sol à essayer de transfigurer quelque chose. Tout y était passé, jusqu’à ses propres membres. Il voulait être certain de ne pas être fou, qu’il n’avait pas imaginé son stand. Au bout de plusieurs jours, dans un moment de désespoir après un énième reproches de son beau-père, il avait réussi à métamorphoser un petit bout de parquet brisé. Le moment de joie avait été bref mais si grand, c’était la première fois qu’il avait pensé avoir un talent. Que de chemin parcouru depuis. Le blond fourra à la hâte le petit animal dans sa poche.
Il n’y avait plus rien ici. Tout appartenait en vérité à la copropriété, quant à ses affaires, il n’en avait presque pas. Quand Trish lui avait fait la remarque, il avait menti. Menti de honte. Quel gosse n’avait pas au moins trois paires de tee-shirts ? Depuis, le problème avait été réglé bien que Mista avait été surpris en voyant la liste complète de fourniture qu’il avait commandé. Il n’avait heureusement fait aucune allusion.
Pour être honnête, Giorno aurait même pu ne jamais avoir à remettre les pieds ici. Il n’aurait eu qu’à donner les clés au vigil, et partir, sans un seul regard. Mais un je ne sais quoi, un sentiment de mélancolie l’avait retenu et il avait eu besoin de revenir. De revoir. Être certain que tout était bien comme dans ses souvenirs. C’était le dernier lieu qu’il restait avec encore une minuscule trace de son passage, une simple brise. Il avait appris, avec une joie pécheresse que son beau-père avait quitté la ville. La maison avait été saisit par les huissiers de justice à cause des nombreuses dettes accumulées au fil des ans. Il ignorait ce qu’il était advenu de sa mère et ne voulait même pas le savoir. Il avait depuis longtemps compris qu’il n’y avait plus d’espoir à se faire : sa génitrice ne l’aimerait jamais.
Avec un soupir, le don se leva, ne s’autorisant pas davantage d’auto apitoiement. Son regard trébucha une dernière fois sur le lourd rideau rouge de la petite fenêtre. Giorno sut à cet instant qu’il était prêt, prêt à laisser derrière lui ce lieu où il avait passé des heures. Seul entre ces quatre murs à réfléchir, refaire le monde.
Il referma la porte, tournant et fermant définitivement ce chapitre de sa vie.
Dehors, garé sur le devant du campus, se trouvait, à sa grande surprise, son gang. Giorno s’immobilisa, la bouche en rond. Comment ? Cette question effleura son esprit, un court instant, avant qu’il ne décide qu’il n’en avait rien à faire. Il s’installa dans la voiture sans un mot, sous le sourire énigmatique de Bucciarati. Mista et Narancia se serrèrent à côté de lui, à l’arrière. Abbacchio croqua une amande, à l’avant.
« Bon. Gamin tu rentres avec nous ? » demanda de façon faussement détaché le goth.
Giorno sourit, amusé. « Oui. »
La voiture démarra.
