Actions

Work Header

Dragon Arc

Summary:

Si cette fois-ci, lors de leur division, les parties de Zarc était aussi devenu des dragons ?
Sakaki Yuya, la fille de Sakaki Yusho et Sakaki Yoko, ne s'attendait pas être propulsée dans une quête pour arrête des envahisseurs d'une autre dimension et mettre un terme à la folie de l'homme derrière tout ça.

Une réécriture de l'histoire d'Arc-V en ajustant les événements pour rendre l'histoire plus plausible que l'animé (beaucoup de changement sur le fonctionnement de l'Académie). Sauf que Yuya, Yuri, Yuto et Yugo agissent aussi comme des dragons et Yuya et Yuri sont des filles (Yuzu et Serena des garçons).

M pour être sûr. Il y aura des scènes de violences.

Chapter 1: Arc Standard - Acte 1

Notes:

Bonjour tout le monde.
Pour commencer : je m'excuse d'avance pour toutes les fautes que vous pourrez rencontrer en lisant cette histoire. C'est une des raisons qui me pousse à ne pas publier ce que j'écris... Aujourd'hui j'ai un petit peu de courage et je voulais laisser quelque chose sur A03.

J'aime Arc-V mais l'histoire est remplie d'incohérence et malheureusement ne met pas en valeur les trois autres parties du protagoniste. J'ai donc voulu (comme beaucoup de personne avant moi qui ont écrit des histoires magnifiques) leur donner une chance en réécrivant les événements d'Arc-V. Bien sûr, je le fais à ma guise.

Bon courage pour votre lecture.

(See the end of the chapter for more notes.)

Chapter Text

Le meilleur moyen d’empêcher un dragon de devenir une menace est de lui offrir de l’affection. Une affirmation qui pourrait sembler absurde dans un cadre rationnel. Mais qu’en est-il lorsque ce monde lui-même est né de la division d’un dragon ? Les dragons ne sont pas seulement des créatures mythologiques : ils sont des forces primordiales, façonnant l’univers dans un cycle perpétuel de destruction et de renaissance. Invisibles aux yeux des mortels, ils incarnent la structure même de l’existence. Pourtant, une force comparable les contraint et les sépare car un dragon solitaire peut être maîtrisé, tandis qu’une horde de dragons demeure indomptable. 

------------------------------------------------------------------------------------------------------- 

Dans l’école de duel, l’obscurité dominait le terrain de combat. Puis, soudain, un faisceau lumineux perça les ténèbres, révélant la silhouette d’un homme vêtu d’un rouge éclatant. Son chapeau, posé avec précision sur sa tête, accentuait sa prestance alors qu’il relevait lentement le visage. Ses yeux pétillaient sous la lumière, une étincelle de malice au fond du regard, et son sourire, à peine esquissé, transpirait l’assurance 

« Ladies and Gentlemen ! » s’écria-t-il d’une voix vibrante. 

Le public retint son souffle. Il savourait cet instant de suspension, un moment où le temps semblait s’arrêter avant l’explosion de l’action.  

« Le spectacle ne fait que commencer ! » Continua-t-il dans sa lancée. 

D’un mouvement fluide, il invoqua son monstre emblématique : Sky Magicien. La créature apparut dans une lumière aveuglante, et, comme à son habitude, l’homme s’accrocha à son monstre, survolant le terrain à la recherche des cartes actions tout en électrisant la foule. Le duel s’intensifia, mais son adversaire n’avait jamais eu sa place sous les projecteurs. Ce n’était qu’un figurant dans une pièce écrite pour un seul héros. 

La victoire fut sans appel. Après une poignée de main respectueuse, le champion sortit de l’arène sous les acclamations d’un public conquis. Parmi les spectateurs, des enfants émerveillés se pressaient autour de lui, leurs yeux brillants d’admiration. 

En retrait, six adolescents, élèves de cette académie encore naissante, observaient avec un mélange de respect et d’ambition. Au centre, une quinzaine d’écoliers s’agitaient, tandis qu’à l’avant, trois enfants plus jeunes observaient la scène avec fascination. L’une d’entre elles se détachait du groupe. Son regard rubis scintillait d’enthousiasme et de fierté. Son short et son haut assortis à la couleur vive de son père faisaient écho à l’énergie débordante qu’elle dégageait. Elle s’élança, laissant ses cheveux bicolores – verts sur le dessus, rouges en dessous – virevolter autour d’elle. 

« Tu es le meilleur, papa ! » s’exclama-t-elle en se jetant dans ses bras. 

L’homme la rattrapa sans effort, la serrant contre lui avec une tendresse infinie. Son sourire s’élargit, irradiant une joie sincère. Pour Yusho, captiver une foule était un plaisir, mais rien ne valait le bonheur pur de sa fille. 

Non loin, le directeur de l’école – son ami de longue date – pleurait bruyamment, félicitant exagérément le champion. Yusho, amusé, déposa sa fille au sol et ébouriffa affectueusement ses cheveux. Son sourire irradiait comme le soleil d’été et faisait fondre le cœur de l’homme. Elle se tourna vers les autres enfants, illuminée par une fierté contagieuse. 

 

Le temps passa, emportant avec lui l’excitation du moment. Les saisons s’écoulèrent avec une sérénité trompeuse. 

Comme à son habitude, Yusho, vêtu d’une chemise bleue et d’un pantalon sobre, savourait son café au lever du soleil. À l’intérieur, Yoko, sa femme, s’activait en cuisine, préparant le petit-déjeuner de leur fille. Ils passèrent ce délicieux moment dans un silence reposant jusqu’à ce que le soleil se soit définitivement levé. À l’étage, les bruits feutrés des pas des chiens signalaient que leur fille ne tarderait pas à apparaître. Le père fixa sa tasse déjà vide et jeta un coup d’œil sur l’heure. Bien que ce fût le week-end, il devrait déjà être parti pour rendre visite à un de ses amis mais quelques minutes de retard était excusable pour voir sa fille, son étoile du matin.  L’attente ne fut pas longue, Yuya fit son entrée en glissant le long d’une rampe métallique, atterrissant maladroitement au rez-de-chaussée. 

« Bonjour tout le monde ! » lança-t-elle avant de bondir dans les bras de son père. 

Elle se lova contre lui, en quête de son affection habituelle. Il la serra contre lui, un sourire tendre sur les lèvres. Parfois, sa fille réclamait une attention inépuisable, et il s’en amusait. Yoko, en les observant, riait doucement. Elle était persuadée que leur fille était influencée par les séries télévisées, tout comme le fils du directeur, qui du haut de ses six ans frappaient déjà son père avec un fan plus grand que lui. 

Yusho aurait voulu figer ces instants. Mais il savait que le temps suivait son cours, inexorablement. Sa petite étoile finirait un jour par s’élever, loin du foyer. Pas encore, pensa-t-il. Pas aujourd’hui. 

Yuya, désormais en âge de participer aux duels, se décida de formuler enfin sa requête. Après le petit déjeuner, elle partit se préparer en faisant promettre à son père d’attendre encore un peu. Elle apparut dans le salon, serrant maladroitement dans ses bras le disque de duel activé de son père. Trop grand pour elle, il semblait disproportionné, mais cela ne l’empêcha pas d’avancer d’un pas décidé vers son idole. 

Sakaki Yusho, champion de duel de Miami City, sentit un pincement au cœur en la voyant ainsi. Sa petite étoile grandissait. Chaque jour, elle brillait plus fort, se transformant en un nouveau soleil. 

Il s’approcha, désactiva le disque d’un geste sûr, le réduisant à un boîtier inoffensif dans ses mains enfantines. Yuya leva vers lui un regard ardent, où brûlait une once de détermination mêlée d’une pointe d’incertitude. 

« Je veux faire des duels comme toi, papa… » murmura-t-elle, presque coupable d’avoir pris une initiative interdite. 

Yusho rit doucement. Il reprit dans une main sur son disque de duel et, de l’autre, caressa les cheveux de sa fille. Sans attendre, elle se blottit contre lui, savourant ce geste réconfortant. 

Puis, avec une tendresse empreinte de fierté, il la souleva jusqu'à la hauteur de ses épaules. 

« Tu ne reproduiras pas simplement mes duels  Yuya. Tu forgeras ton propre style, ton propre duel. » 

La jeune fille fronça légèrement les sourcils. Encore trop jeune et n’ayant jamais disputé le moindre duel, elle ne saisit qu’une partie de la signification sous-jacente de ces paroles. Lorsque ses pieds retrouvèrent le plancher de la maison, la main de son père vint ébouriffer affectueusement sa chevelure. 

« Que dirais-tu de ceci ? Je vais me préparer et nous partirons pour la YouShow School. Là-bas, tu recevras ton premier disque de Duel, conçu à ta taille et ensemble, nous construirons ton premier deck. Puis nous irons à la berge pour faire ton tout premier duel, rien que toi et moi. » 

Le visage de l’enfant s'illumina, ses yeux rubis reflétant une euphorie pure et sincère. Son sourire, large et radieux, traduisait une joie incontrôlable. Sans attendre, elle hocha la tête avec vigueur et se précipita vers sa mère, impatiente d’annoncer la nouvelle et de se préparer pour l’événement. 

Quant à Yusho, lorsqu'il parlait de « se préparer », il songeait bien entendu à revêtir l’une de ses nombreuses tenues de scène, prêt à transformer cet instant en un spectacle mémorable pour son trésor le plus précieux. Il se nota aussi qu’il devait annuler son rendez-vous de la journée. 

Yoko exprima son désir de les accompagner, mais leur fille s’y opposa avec une fermeté surprenante. 

« Tu ne peux pas venir, maman. Papa a promis que ce serait juste nous deux. » 

Le regard émeraude de Yoko se posa sur son mari avec une pointe d’incrédulité. Yusho, pris au dépourvu, détourna brièvement les yeux. Il n’avait pas anticipé que ses propres paroles se retourneraient ainsi contre son épouse bien-aimée. Pourtant, face à la détermination de leur fille, aucun des deux ne souhaita la contrarier, et ils cédèrent à son souhait. 

L'école était vide, mais Yusho, en tant que propriétaire des lieux, y entra sans difficulté. Une fois le deck soigneusement élaboré, reprenant les grandes lignes de celui de l’idole de la petite fille c’est-à-dire celui de son père, ils se dirigèrent vers la berge. Le ciel, déjà teinté d'orange, annonçait la fin de la journée, mais pour Yuya, le temps n’avait plus d’importance. Seul comptait l’excitation de faire son premier duel. 

Yusho activa leur disque de Duel et entama ses explications. 

« Au début d'un duel, chaque duelliste pioche cinq cartes, mais celui qui commence ne peut pas en tirer une supplémentaire... » 

Il poursuivit son exposé au fil des étapes, accompagnant Yuya dans sa compréhension des règles. Ce n’était pas un duel traditionnel : à plusieurs reprises, Yusho s'approcha d'elle, observant ses cartes et prodiguant des conseils avisés. 

« J’ai compris ! » s’exclama-t-elle soudainement, animée d’une fierté grandissante. « J'utilise mes deux monstres sur le terrain pour réaliser une invocation sacrifice. Apparaît, Dragon possédant des yeux aux couleurs extrêmement rares, Odd-Eyes Dragon ! » 

Dans un éclair de lumière, un dragon apparut, son corps écarlate scintillant sous la lueur du crépuscule. Sa tête dorée, ses yeux hétérochromes et ses os saillants lui conféraient une présence à la fois énigmatique et imposante. Malgré le manque de masse, l’apparition du monstre avait créer une légère onde de choc. De prime abord il dégageait une puissance inconnue faisant trembler tout mortel apercevant sa silhouette. Cette aura sanguinaire s’estompa peu à peu, comme si la créature reprenait elle-même ses esprits. 

Yusho avait le souffle coupé. Il ne se souvenait pas avoir vu cette carte lorsqu’ils avaient élaboré le deck. Il savait que Yuya avait toujours possédé cette carte et qu’elle la gardait précieusement dans son tiroir. A aucun moment lors de l’élaboration du deck, cette carte avait été dévoilée. Un frisson lui parcourut l’échine. D’où venait ce monstre ? 

« Mais pourquoi ?! » s’exclama Yuya. 

Elle tendit la main vers l’hologramme, tentant de toucher son dragon, tout comme elle avait vu son père interagir avec ses propres monstres. Son regard trahissait une détermination juvénile, mêlée à une incompréhension croissante. Le monstre se tourna vers sa maîtresse comme pour la rassurée. 

Son père crut avoir rêvé car il était impensable qu’un monstre puisse agir de lui-même. Cherchant à oublier ce détail, Yusho s’approcha et posa une main rassurante sur son épaule. 

« C'est parce qu'il n'y a pas de Solid Vision ici. Ce n'est qu'un hologramme. » 

D’un geste délicat, il essuya les larmes naissantes de sa fille. Lorsqu’un sourire réapparut sur ses lèvres, il se redressa et l’encouragea d’un signe de tête. 

« Allez, montre-moi ce dont tu es capable. » 

Yuya hocha la tête avec enthousiasme, déterminée à poursuivre. 

Ce qu’elle ignorait, c’est qu’ils étaient observés. 

Non loin de là, un enfant et son maître approchaient de leur lieu de résidence. L’apparition du dragon les avait arrêtés net. Cette pause permit à chacun de tirer leur propre conclusion sur ce qu’il se passait. L’enfant vit une famille unie, une jeune fille destinée à un avenir baigné de lumière et de bonheur. Une sensation étrange, presque douloureuse, s’installa dans son cœur. Son maître, quant à lui, perçut la puissance du monstre et en fut troublé. Il l’observa longuement, avant d’en déduire que ce ne devait que son imagination et que ce duel, s’il osait l’appeler ça un duel, était révoltant. 

Plus loin encore, un autre enfant et son mentor passèrent à proximité. Ils ne s’arrêtèrent pas, conservant une attitude rigide et impassible conformément à leur style de duel. Pourtant, un sourire fugace apparut sur les lèvres du garçon. La scène lui rappelait son propre passé, lorsque son maître l’avait initié aux duels avec une sévérité implacable. Peut-être qu’un jour, il aurait l’opportunité d’affronter cette jeune duelliste débordante de vie… 

Ce soir-là, Yuya exhiba fièrement son premier disque de Duel à sa mère. Son sourire illuminait la maison, et elle conserva l’objet près d’elle, même au moment de s’endormir. 

Allongé dans son lit, Yusho ressentait une fatigue agréable, empreinte de satisfaction. Yoko vint s’installer à ses côtés, le contemplant avec tendresse. D’un geste fluide, il l’attira contre lui enlaçant sa taille. 

« Notre petite étoile deviendra un soleil. Elle sera une duelliste exceptionnelle. » 

Un sourire doux éclaira le visage de la jeune femme. Délicatement, elle posa une main sur la joue de son mari, le regard empreint d’une certitude sereine.  

« Elle te surpassera, j’en suis persuadée. » 

A ce moment précis, le grand duelliste se considéra alors comme l’homme le plus chanceux du monde, béni d’une épouse et d’une fille aussi remarquables. 

Le lendemain matin, Yuya se tenait sur le seuil de la maison, ajustant son sac sur ses épaules et s’assurant que son disque de duel était solidement attaché à son bras. Un soupçon de tristesse lui traversa le cœur en repensant au départ précipité de son père, qui s’était contenté de lui souhaiter une bonne journée avant de s’éclipser. Pourtant, la seule pensée de son nouveau disque suffisait à dissiper cette mélancolie. Mais Yoko, inflexible malgré l’air abattu de son enfant, lui interdit de le porter en dehors des entraînements, exigeant qu’il soit soigneusement rangé dans son sac. 

Sur le chemin de l’école de duel, mère et fille firent une halte pour récupérer Yuzu, le fils de Shuzo. À peine Yuya l’aperçut-elle qu’elle brandit fièrement son disque, rayonnante. Le garçon, qu’elle considérait comme un frère, la félicita avec beaucoup d’entrain. L’équipement rangé dans le sac, suivant les précédentes instructions, ils reprirent la route vers l’école. Durant tout le trajet, leur conversation ne tourna qu’autour du duel. Yuzu, exalté, lui promit une confrontation après les cours, convaincu qu’il lui suffirait de demander un disque au directeur, son propre père, pour pouvoir l’affronter. 

Après la classe, et un décroché vers la YouShowSchool pour obtenir un disque de duel qui fut accordé, Yuya et Yuzu se retrouvèrent dans le parc jouxtant l’école. Ils engagèrent aussitôt un duel, maladroit et ponctué d’erreurs, mais riche en éclats de rire et en échanges animés. Le deck de Yuya ressemblait en tout point à celui de son père, tandis que celui de Yuzu était peuplé de cantatrices inspirées des héroïnes qu’il admirait dans ses séries préférées. Un garçon, resté en retrait, les observait avec attention. Lorsque la partie prit fin, il s’approcha d’eux d’un pas assuré. Ce dernier qui avait le même âge qu’eux était déjà plus grand.  Yuya et Yuzu échangèrent leur surprise face à son air imposant et à la solennité de son ton.  

« Je m’appelle Gongenzaka Noboru. » déclara-t-il avec gravité. « Je te demande humblement un duel. » 

Un sourire s’épanouit aussitôt sur les lèvres de Yuya. Enthousiasmée par la perspective de ce nouvel affrontement, elle ignorait encore que ce moment marquerait le début d’une précieuse amitié. Elle n’avait qu’une hâte : raconter sa journée à ses parents. 

 

La famille Sakaki fréquentait peu l’école YouShow, mais chaque visite était un événement. Sakaki Yusho, bien qu’absorbé par le circuit professionnel, trouvait toujours le temps d’offrir des démonstrations et de prodiguer des conseils aux élèves, inspirant respect et admiration. Les professeurs et le directeur redoublaient d’efforts pour paraître sous leur meilleur jour en sa présence, comme si la renommée du champion les obligeait à une rigueur particulière. Pourtant, Yusho ne recherchait ni prestige ni révérence. Ce jour-là, il n’était pas venu en tant que duelliste accompli, mais en tant que père désireux de voir sa fille grandir à travers ses propres victoires et défaites. 

L’école était organisée selon des tranches d’âge : les élèves du primaire formaient la catégorie des Juniors, les collégiens celle des Junior Youth, et les lycéens ainsi que les jeunes adultes constituaient les Youth. Au sommet de cette hiérarchie se trouvaient les professionnels, parmi lesquels figuraient le directeur, les professeurs et Yusho lui-même. Récemment, une réforme était en discussion : l’âge ne serait bientôt plus le critère déterminant pour accéder aux rangs de Youth. Seul le mérite primerait par le biais de tournoi ou de reconnaissance. Cette perspective laissait Yusho sceptique. Un système où un collégien pourrait concourir contre un lycéen ou même un adulte pour gravir les échelons jusqu’au circuit professionnel lui semblait déséquilibré. Il espérait ardemment que cette réforme serait révisée avant d’être mise en application.  

L’avenir du duel prenait une direction incertaine, mais pour Yuya, tout cela importait peu. Pour l’instant, elle se réjouissait de chaque nouvelle rencontre et de chaque duel disputé, portée par la passion qui, sans le savoir, la conduisait déjà vers son destin. 

Après un bref échange avec le directeur, Yusho accompagna sa fille jusqu’à la salle des Juniors, où elle retrouva son ami Yuzu. Leur professeur, pédagogue aguerri, détenait sa certification professionnelle depuis trois ans. Sa réputation était excellente auprès des enfants, sauf auprès de Yuya.  

« Ça fait longtemps que l’on ne s’est pas vu Yuya-chan. » dit-il avec un ton doux. 

Lorsqu’il s’approcha d’elle et lui ébouriffa les cheveux avec une familiarité bienveillante, elle se raidit immédiatement. En secouant sa chevelure verte, elle rejeta le contact physique. Elle ne tolérait pas une telle approche d’un étranger qu’elle ne voyait qu’à de rare occasion. Seuls ses parents étaient autorisés à de tels gestes. Offusquée, elle recula et croisa les bras, exprimant son mécontentement. L’enseignant, pris de court, tenta maladroitement de rectifier la situation, mais Yuya, implacable, s’éloigna pour se réfugier derrière Yuzu, qui, perplexe, peinait à saisir la raison de sa réaction. Préférant clore l’incident, le professeur entama son cours. 

D’un trait assuré, il esquissa sur le tableau noir la disposition des cartes lors des duels, engageant les élèves à identifier les différentes zones de cartes et leurs fonctions respectives. Yuya ayant déjà acquis ces connaissances élémentaires, elle jugea absurde de prolonger son temps être spectatrice d’un cours ennuyant. 

Soudain, elle se leva. « Puis-je faire un duel avec Yuzu pendant le cours ? » Demanda-t-elle sans cacher son impatience dans sa voix. 

L’enseignant sourit. « Pourquoi ne pas plutôt participer au cours ? Ton père serait ravi de te voir t’impliquer. » 

Yuya croisa les bras. « Non. » Puis elle ajouta : « Affrontez-moi, alors. » 

Le professeur soupira. « Je ne peux pas faire cela, Yuya-chan... D’accord, je vais désigner un adversaire pour toi. Après quoi, nous reprendrons le cours. » 

La fillette exulta. Enfin ! 

Son adversaire désigné était un garçon de son âge. Maladroit, il peinait à ajuster son disque de Duel, nécessitant l’intervention du professeur. Dès les premières minutes, le match s’avéra laborieux. Le garçon ne maîtrisait pas ses cartes et devait en lire les effets à chaque tour, hésitant sur chaque action. Dix minutes s’écoulèrent, et il n’avait toujours pas achevé son premier tour. À un moment donné, il commit une erreur en plaçant une carte monstre dans la zone magique-piège. 

Lassée, Yuya promena son regard dans la salle. Son attention fut soudain captée par une silhouette familière. Son père se tenait là, entouré de plusieurs adultes, dont son professeur. Ce dernier, animé par une ambition mal dissimulée, tentait d’accaparer l’attention du champion, espérant lui soutirer quelque reconnaissance ou recommandation. Il était de notoriété publique que Yusho portait une affection particulière à sa fille, et certains cherchaient à instrumentaliser cette relation pour se rapprocher du duelliste professionnel. D’autres, plus stratèges, espéraient déceler en lui une faille exploitable pour mieux le supplanter. 

Distrait par les errances du débutant, Yusho ne prêta que peu d’attention aux discours flatteurs. Sans prévenir et à la surprise de tous, il pénétra dans l’aire de duel et entreprit d’expliquer patiemment au garçon comment structurer son tour. 

 

Yuya le contempla, émerveillée. Son père était l’homme le plus extraordinaire au monde. Grâce à lui, son adversaire put enfin progresser, et elle-même sentit son adrénaline monter. Cette fois, le duel pouvait véritablement commencer. 

Au début de son tour, elle invoqua un monstre que Yusho n’avait jamais vue auparavant. 

« Fais ton entrée Tokiyomi no Majustsushi /Magicien Observateur du Temps/. » 

Un frisson parcourut le terrain alors qu’un homme élancé se matérialisait sous les yeux de tous. Drapé d’un manteau noir aux ornements dorés, il arborait un chapeau de magicien qui dissimulait en partie ses cheveux bruns. Un foulard rouge masquait le bas de son visage, ne laissant transparaître qu’un regard blasé, chargé d’un ennui méprisant. Avec la nonchalance de celui qui émerge d’un long sommeil, il s'étira, ses bras s'élevant mollement avant de retomber gracieusement le long de son corps. Puis, sans un mot, il se pencha et souleva sa maîtresse avec une aisance surnaturelle avant de bondir sur une plate-forme surélevée. Lorsque Yuya toucha le sol, ses doigts se refermèrent sur une Action Carte. 

« J’active cette carte ! Elle me permet d’invoquer spécialement un monstre de ma main, à condition qu’il partage le même attribut qu’une de mes créatures sur le terrain. Que les étoiles guident ton chemin, Hoshiyomi no Majutsushi / Magicien Observateur des Étoiles/ ! » 

Cette fois, c’est un homme vêtu d’une tunique immaculée et d’une cape vaporeuse qui apparut. Son bonnet blanc laissait s'échapper quelques mèches blondes, évoquant des filaments de lumière astrale. Comme son comparse, il dissimulait son visage sous le tissu relevé de son habit, n’exposant qu’un regard aussi doux qu’énigmatique. D’un geste fluide, il s’inclina devant sa maîtresse. Yuya, instinctivement, leur adressa un sourire. Ils étaient là, prêts à la soutenir. Son regard se posa alors sur son père. Elle voulait qu’il soit fier d’elle. 

Yusho resta un instant interdit. Depuis quand Yuya possédait-elle ces cartes ? Son professeur les lui avait-il offertes ? Il chassa ces questions d’un mouvement de tête. Ce n’était pas important. Ce qui comptait, c'était que pour son premier Action Duel, sa fille était éblouissante. Une réminiscence lui effleura l’esprit : sa femme lui avait toujours dit que leur petite étoile finirait par le dépasser. Aujourd’hui, il n’en doutait plus. 

Le tour suivant passa, Yuya tenta une attaque avec le magicien blanc avant de se figer, réalisant qu’elle l’avait laissé en position de défense. Elle éclata de rire devant son erreur, et Yusho sentit une bouffée de fierté l’envahir. Il n’avait pas remarqué la larme qui avait menacé de rouler sur la joue de sa fille. Mais Hoshiyomi, lui, l’avait vue. Dans un silence apaisant, il fit apparaître une sphère de lumière devant elle, comme pour la réconforter. 

Le duel poursuivit son cours. Yusho remarqua que le garçon, visiblement nerveux, n’avait que des cartes de niveau trop élevé pour être invoquées. Il tenta de l’encourager à chercher une solution sur le terrain, mais l’élève restait paralysé par l’intimidation de ce premier duel en grandeur nature. Lorsque vint le tour de Yuya, elle piocha, et une étincelle illumina son regard. Elle se tourna vers ses magiciens. Les deux hochèrent la tête en silence, comme s’ils connaissaient déjà sa décision. 

« Je sacrifie Hoshiyomi et Tokiyomi pour faire une invocation sacrifice ! » Hoshiyomi s’inclina une dernière fois, tandis que Tokiyomi leva nonchalamment la main, dans un geste d'au revoir. 

« Apparaît dragon aux yeux bicolores... Odd-Eyes dragon ! » 

Une onde d’énergie secoua l’arène. Lors de son premier duel, cette invocation l’avait déjà marquée, mais avec la Solid Vision, le spectacle était d’une intensité nouvelle. Le dragon apparut dans un jaillissement d’arcs écarlates, imposant, majestueux. Sans réfléchir, Yuya se jeta sur lui, trouvant son équilibre sur l’immense créature. Son cœur tambourinait dans sa poitrine. 

Nous sommes enfin ensemble…  Voulut-elle dire, mais les mots moururent dans ses pensées. Ses doigts effleurèrent les écailles rouges, et une douce chaleur l’enveloppa. Odd-Eyes était réel. Il était là, sous ses mains, et son corps entier vibrait d’une présence rassurante. Elle ferma les yeux, se laissa aller à cette sécurité nouvelle. Loin du tumulte du duel, bercée par la respiration profonde du dragon, elle sentit la fatigue l’emporter. Elle était bien, ici. 

Yuya se frotta les yeux avec difficulté, son esprit encore embrumé par le sommeil. Elle aurait volontiers prolongé ce moment d’assoupissement, mais une sensation de faim persistante la rappela à l’éveil. En se redressant, elle reconnut immédiatement la chambre de ses parents et réalisa qu’elle s’était endormie entre eux. Le souffle régulier des deux adultes, plongés dans un sommeil paisible, lui arracha un sourire attendri. 

Alors que ses pensées émergeaient progressivement du brouillard nocturne, un souvenir s’imposa à elle : la chaleur réconfortante qui l’avait enveloppée avant qu’elle ne sombre dans le sommeil. Puis, brusquement, une vague de tristesse la submergea. Son tout premier Action Duel. Une émotion poignante monta en elle, incontrôlable, et bientôt, des larmes commencèrent à rouler sur ses joues. Ses sanglots brisèrent le silence de la chambre, arrachant ses parents à leur sommeil. 

Yusho, immédiatement alerté, attira sa fille contre lui, tandis que Yoko caressait tendrement ses cheveux en murmurant des paroles apaisantes. Avec difficulté, Yuya parvint à articuler son désarroi : l’inachèvement de son duel la peinait. Son père, champion de duel et figure de proue de la discipline, lui adressa un sourire empreint de douceur et lui fit une promesse solennelle : elle pourrait affronter l’adversaire de son choix dès le lendemain. Elle renifla, laissant sa mère essuyer ses larmes, puis leva vers son père ses grands yeux rubis, dans lesquels brillait un espoir renouvelé. Elle voulait suivre ses traces, éprouver l’adrénaline du combat, captiver la foule et établir une communion parfaite avec ses monstres. Cette promesse, elle s’y accrocha avec ferveur tout au long de la nuit. Blottie contre ses parents, bercée par leur présence réconfortante, elle finit par sombrer dans un sommeil paisible. 

Le lendemain, une mélancolie tenace pesa sur elle. Aucune parole de réconfort, pas même celles de son meilleur ami, ne semblait pouvoir la détourner de son obsession. Une seule pensée l’habitait : son père tiendrait-il sa promesse ? Serait-il rentré à temps pour leur duel tant espéré ? À la sortie de l’école, une surprise l’attendait. Gongenzaka se tenait devant le portail, impassible, fidèle à lui-même. Un sourire spontané illumina aussitôt le visage de Yuya. Et, comme en réponse à son allégresse soudaine, une voix résonna derrière elle : celle de son père, qui l’appelait d’un ton enthousiaste. Son cœur bondit de joie. Elle se tourna vers ses amis, rayonnante, puis se précipita vers Yusho, débordante d’excitation. Elle avait tant de duellistes, tant d’adversaires qu’elle rêvait d’affronter ! 

Dès leur arrivée à la Youshow School, elle bondit devant la porte, ouvrant grand les bras. « Ladies and Gentlemen ! Bienvenue dans notre école, la Youshow School ! » proclama-t-elle avec un entrain contagieux. 

Gongenzaka, intrigué, observa la jeune fille, impressionné par son énergie inaltérable. À l’intérieur, Shuzo les accueillit avec une exubérance caractéristique, probablement excessive, si l’on en jugeait par la réaction immédiate de son fils, qui le rappela à l’ordre d’un coup de fan bien placé. D’abord perplexe, Gongenzaka observa l’échange, puis se laissa envahir par une réflexion plus intime. Il songea à son propre père, dont la sévérité semblait trancher avec la relation chaleureuse qu’entretenaient Yuya et Yusho. Chacun avait un lien singulier avec son père, mais toutes ces relations, aussi différentes soient-elles, étaient empreintes d’affection. 

Le duel débuta dans un éclat de vivacité. Yuya ouvrit les hostilités en invoquant un hippopotame rose affublé d’un chapeau extravagant, immédiatement adopté par le public enfantin venu assister au spectacle. Yuzu répliqua avec l’une de ses cartes fétiches, Genso no Otome Kanon, la Diva de la Musique. Saisissant habilement une carte Action au bon moment, Yuya esquiva une attaque redoutable de justesse. Gongenzaka, quant à lui, fortifia sa ligne de défense avec une stratégie méthodique, unissant ses monstres avec une rigueur inébranlable. Le duel fit rage, animé par les échanges intenses entre les trois amis. Pourtant, contre toute attente, Yuya n’eut pas l’occasion d’invoquer sa carte signature. Cette conclusion sembla paradoxalement apaiser Yusho, qui, sans raison apparente, se sentit rassuré. Peu importait l’issue : sa fille s’était amusée, et cela seul comptait. 

 

Les jours passèrent, rythmés par les duels et les éclats de rire. Chaque affrontement renforçait leur amitié, chaque victoire ou défaite tissait un peu plus les liens qui les unissaient. 

Un jour, les Sakaki furent conviés à dîner chez les Hiragi. Avant cela, Yuya et Gongenzaka décidèrent de profiter d’un moment de répit au parc. Assis sur un banc, ils analysaient leurs decks avec une concentration studieuse. 

« Pourquoi ne mets-tu pas de cartes Magie ou Piège dans ton deck ? Cela pourrait le renforcer. » demanda Yuya, une curiosité sincère brillant dans son regard. Depuis qu’elle connaissait Gongenzaka, il n’avait jamais, absolument jamais, utilisé de telles cartes. Même lors des Action Duels, il se refusait catégoriquement à saisir une carte magique action. 

Gongenzaka, tenant les cartes de son amie entre ses doigts, prit un instant de réflexion avant de répondre. Il leva un regard déterminé vers elle. 

« Le style de duel du dojo Gongenzaka repose sur un principe fondamental : ne faire confiance qu’à ses monstres. La Magie et les Pièges incarnent des forces externes, imprévisibles et artificielles, dénuées d’âme et de substance propre. Un vrai duelliste ne doit sa force qu’à sa propre maîtrise et à la confiance qu’il accorde à ses alliés. Les Action Cartes sont trop aléatoires. Un combattant digne de ce nom ne peut pas laisser la chance arbitrer sa destinée. » 

Yuya l’écouta avec attention, fascinée par la rigueur de sa philosophie. Elle n’avait jamais entendu une conception aussi intransigeante du duel. Ses grands yeux brillaient d’admiration tandis qu’elle contemplait son ami sous un jour nouveau. 

Ce qu'il exprimait revêtait une logique implacable : la magie était dépourvue d’intention propre, insensible à la notion de loyauté. En revanche, les créatures invoquées, dotées d’une présence tangible et d’une volonté propre, constituaient un soutien indéfectible. Cependant, pouvait-on véritablement structurer un duel de spectacle sans intégrer une dimension magique ? L’aléatoire et le hasard, entités imprévisibles par essence, jouaient également un rôle fondamental dans le divertissement, introduisant tension et incertitude dans le déroulement du duel. Cette complexité conceptuelle occupait l’esprit de la jeune fille, l’amenant à s’interroger sur la nature intrinsèque de son propre style de jeu. 

Percevant son trouble, le garçon éclata de rire. 

« Ton style de duel demeure tout à fait valide, Yuya. Tu fois faire les duels et mener ta vie selon ce qui te correspond. Le grand Gongenzaka sera toujours là pour te soutenir. » 

Ses paroles résonnèrent en elle. Il était inhabituel que quelqu’un la considère sans la réduire à son ascendance. À l’école, son identité se voyait systématiquement éclipsée par la figure paternelle, la réduisant au statut de fille d’une célébrité, assaillie par des sollicitations superficielles. Gongenzaka, lui, incarnait une présence exempte de ces projections, se posant en ami sincère. 

Au loin, la voix profonde du père de Gongenzaka s’éleva, l’appelant par son prénom ce que Yuya trouvait curieux, bien qu’en y réfléchissant c’était absolument naturel. L’homme s’approcha, son regard empreint de bienveillance se posant sur elle. L’homme est une personne stricte mais sachant faire preuve de bienveillance notamment envers les amis de son fils Noboru. Il la salua d’un ton chaleureux, ce à quoi elle répondit avec enthousiasme, déclenchant un sourire complice chez les deux Gongenzaka. Yuya dégageait une énergie lumineuse, influant sur son environnement comme le soleil. Son sourire rendait le monde plus clément. 

Après quelques échanges, ils se séparèrent. Le soleil brillait encore haut dans le ciel, et l’horloge du parc affichait seize heures. Son père ne viendrait la chercher qu’à dix-sept heures, le temps d’achever la préparation d’un tournoi du circuit pro. Elle choisit donc d’exploiter ce laps de temps pour prolonger sa présence dans le parc. 

Son activité favorite ? La balançoire. L’élévation progressive dans les airs lui procurait une sensation d’euphorie unique, un instant suspendu entre ciel et terre, propice à la réflexion stratégique. Comment structurer son prochain duel ? Quel adversaire affronterait-elle ? Si elle associait une carte spécifique à une autre... Son esprit explorait des combinaisons tactiques, au rythme régulier du mouvement de la balançoire. Puis, elle se laissa porter par d’autres jeux, portée par une insouciance momentanée. 

Le temps s’écoula sans qu’elle ne s’en aperçoive. Lorsqu’elle réalisa qu’elle effectuait un ultime passage sur le toboggan, la lumière du jour s’était adoucie, prenant des teintes orangées. Instinctivement, elle leva les yeux vers l’horloge du parc. Dix-huit heures. Une vague d’inquiétude la traversa. 

Elle voulut serrer sa pendule, son talisman si précieux. Mais ses doigts ne rencontrèrent que le vide. 

Un frisson glacial parcourut son corps. Sa respiration se fit hachée, ses yeux s’embuèrent. Elle espérait ardemment retrouver la sensation rassurante de l’objet dans sa paume. Mais il n’était plus là. Son regard s’affola, scrutant chaque centimètre du sol en quête du moindre éclat métallique. Elle entreprit une fouille frénétique, retournant bancs et buissons, son anxiété croissant à chaque instant. 

Une main ferme se posa sur son épaule. Elle sursauta, avant de reconnaître Yuzu, dont le regard inquiet traduisait une pleine compréhension de la situation. Sans qu’elle n’ait besoin de formuler quoi que ce soit, il percevait son désarroi. Sa voix tremblante finit par rompre le silence : 

« Ma pendule… Je l’ai perdue… » 

Le garçon, dont les cheveux roses étaient soigneusement retenus par deux barrettes bleues, chercha immédiatement à la rassurer. Ensemble, ils entamèrent une recherche méthodique, explorant chaque recoin du parc, mais en vain. L’absence persistante de l’objet ne fit qu’exacerber leur désespoir. 

« Te souviens-tu de la dernière fois où tu l’avais en main ? demanda Yuzu après un quart d’heure de recherches infructueuses. 

Loin de l’apaiser, la question intensifia l’émotion de Yuya, qui éclata en sanglots. Désemparé, Yuzu posa doucement une main sur son épaule, cherchant à capter son attention. 

« Yuya, regarde-moi. » 

Elle leva lentement ses yeux rubis vers les siens, d’un bleu profond. C’est alors qu’elle l’aperçut. 

« Ma pendule !! » 

Du doigt, elle désigna une branche élevée d’un arbre imposant. L’objet scintillait sous les derniers rayons du soleil, perché à une hauteur improbable. 

« Je vais chercher mon père. Reste ici ! » 

Yuzu s’élança en direction de la sortie du parc. Mais Yuya ne pouvait attendre. 

Déterminée, elle posa une main sur l’écorce rugueuse et commença son ascension avec agilité. L’arbre, baigné dans la lumière dorée du crépuscule, formait un écrin protecteur cachant la jeune fille dans son ascension. Son escalade était rapide, mue par une concentration totale. Le danger n’était pas une raison d’abandon car son objectif unique dominait son esprit : récupérer sa pendule. 

Lorsqu’elle atteignit enfin la branche convoitée, son cœur battait à tout rompre. Une euphorie intense s’empara d’elle lorsqu’elle referma les doigts sur son bien tant chéri. Mais elle n’entendit pas le craquement sinistre sous elle. 

Quand la branche céda, la prise de conscience fut immédiate. 

Le vide s’ouvrit sous elle. Dans un ultime réflexe, elle serra sa pendule contre elle et, dans son for intérieur, appela son père. 

Elle s’attendait à une chute brutale, à l’impact violent du sol contre son dos. Mais au lieu de cela, une étrange sensation de flottement l’envahit. Avant qu’elle ne puisse comprendre ce qui lui arrivait, des bras puissants la saisirent avec une douceur surprenante. 

Lorsqu’elle ouvrit les yeux, une silhouette masculine se dessinait au-dessus d’elle. Elle entrouvrit les lèvres pour parler, mais un doigt se posa aussitôt sur sa bouche, réduisant sa question au silence. L’homme murmura quelques mots, et le cœur de Yuya se serra sans qu’elle ne sache pourquoi. De grandes mains effleurèrent son visage avant de recouvrir ses paupières. Le sommeil la happa aussitôt, irrésistible, impitoyable. 

Lorsqu’elle reprit conscience, le visage inquiet de Yuzu et de son père était la première chose qu’elle vit. Penchés au-dessus d’elle, ils semblaient à la fois soulagés et troublés. 

« Yuya ! » S’exclama Yuzu en lui serrant les mains. « Ça va ? » 

« Comment as-tu récupéré la pendule ? Et pourquoi dormais-tu sous cet arbre ? » Demanda Yusho, une lueur d’inquiétude brillant dans ses yeux.  

Yuya fronça les sourcils. Son esprit était embué, comme si un voile opaque recouvrait ses souvenirs. Elle tenta d’assembler les fragments de sa mémoire, mais rien ne lui revint. 

« Je… Je ne me souviens de rien. » Murmura-t-elle, sincèrement troublée. 

Sa réponse ne fit qu’accentuer la tension sur le visage de son père. Yuzu, cependant, lui adressa un sourire rassurant et l’aida à se relever. « Viens, rentrons. Papa nous a préparé un bon repas. » dit-il en l’entraînant doucement vers la maison.  

Derrière eux, Yusho resta immobile, scrutant les alentours. Le parc était désert. Pas le moindre signe d'une personne mystérieuse qui pourrait justifier la perte de mémoire de Yuya. Son regard se perdit un instant parmi les ombres projetées par les arbres. Puis la voix joyeuse de sa fille le ramena à la réalité. 

« Papa, dépêche-toi ! On va manger ! » 

Il chassa ses doutes d’un sourire forcé et rejoignit les deux enfants. Inaudible pour les hommes, les bruissements des arbres répétaient en boucle la même parole : 

« Tout ira bien Odd-eyes nous serons bientôt réunis. » 

 

Dans l’obscurité d’un des grands immeubles du centre-ville, un signal s’enclencha. Une lumière pâle s’alluma sur une machine. Un garçon aux traits juvéniles s’approcha, intrigué. 

« Je croyais que tu ne fonctionnais plus… » 

////////////////////////////////////////////////////////////////////////////////////////////////////// 

La curiosité l’emporta sur la prudence. Si son détecteur fonctionnait réellement… pourrait-il le montrer à ses parents ? Cette découverte suffirait-elle à les réconcilier ? 

Ces derniers temps, son père, habituellement un homme pragmatique et posé, s’était mis à agir de façon étrange. Il partait de plus en plus tôt, rentrait de plus en plus tard, parfois même après plusieurs jours d’absence. Certes, son travail l’avait toujours accaparé, mais depuis l’année dernière, la situation avait empiré. Autrefois, il le regardait avec fierté, le félicitait pour ses réussites. À présent, il semblait à peine remarquer sa présence. Quant à sa mère, elle recevait pour seule réponse à ses questions un silence glacial. 

Ne fréquentant pas l’école publique et évoluant uniquement parmi un cercle restreint de personnes triées sur le volet, il savait qu’il pouvait se promener en ville sans risquer d’être reconnu. Sans masque, sans déguisement, il suivit les coordonnées affichées sur sa machine, ses pas le guidant vers l’inconnu. 

Ses chaussures blanches s’arrêtèrent dans un parc. Un simple terrain de jeux pour enfants, bien entretenu, niché entre des résidences. Sans doute un lieu de passage pour les écoliers du quartier. 

Pourquoi l’appareil l’avait-il mené ici ? 

Il scruta les alentours. Rien ne lui semblait inhabituel. 

Bientôt, un groupe d’enfants fit irruption sur l’aire de jeux, jetant leurs sacs d’école dans un coin avant de s’élancer vers les structures colorées. Le garçon les observa, distant. Il n’avait jamais vécu ce genre d’expérience. Éduqué à domicile, il n’avait jamais partagé des moments de jeu insouciants avec d’autres enfants de son âge. Cette scène lui était étrangère. Et, pour être honnête, elle ne l’intéressait pas. 

Trois enfants arrivèrent à leur tour, marchant plus calmement. 

« Vous savez… on pourrait aussi faire nos duels directement dans l’école. » Lança un garçon aux cheveux roses, visiblement agacé. 

Son regard azur trahissait une lassitude manifeste face aux circonstances. À ses côtés se dressait un autre garçon, plus imposant, dont la stature athlétique dominait la scène. Derrière ce colosse, à peine discernable, une troisième présence plus frêle se dissimulait. 

« Hors de question, aujourd’hui est la journée de divertissement. Rien d’autre que des jeux absurdes comme empiler des cubes à l’infini. » maugréa celui qui n’était pas visible à l’observateur du parc. 

Il ne s'attarda pas sur la conversation et détourna son attention. D’un pas indolent, il s’éloigna, préférant errer dans ce parc dépourvu d’envergure, un lieu insignifiant où aucun événement mémorable ne semblait pouvoir se produire. Alors qu’il s’apprêtait à rebrousser chemin, un frisson lui parcourut l’échine. Une présence, une énergie anormalement intense, émergeait soudainement. Son détecteur confirma immédiatement cette anomalie. 

Instinctivement, il se retourna. Devant lui flottait l’hologramme d’un dragon, dont la matérialité numérique semblait presque tangible. Son regard glissa vers le duelliste responsable de cette invocation : une jeune fille aux cheveux mêlant le vert et le rouge, dont les yeux pétillaient d’une vivacité ardente. Son sourire captivant exerçait une attraction étrange. 

En un instant, il fit le lien. L’adversaire de cette mystérieuse fille n’était autre que le garçon qui, un instant plus tôt, protestait contre l’organisation des duels hors des murs de leur école. Il fronça les sourcils. Alors, cette silhouette dissimulée derrière l’imposante stature du colosse n’était pas un garçon, mais une fille. 

Son attention se porta sur le dragon invoqué : des écailles écarlates parcouraient son corps, l’œil gauche luisait d’un vert émeraude perçant, tandis que le droit étincelait d’un rouge profond semblable à du rubis. Ses crocs effilés suggéraient une force prédatrice redoutable. Bien sûr, les créatures des duels holographiques n’avaient nul besoin d’utiliser leurs mâchoires, mais la simple vision de ce monstre inspirait un respect instinctif. 

Il observa le duel avec détachement. Rien d’exceptionnel. Le niveau des combattants restait moyen pour leur tranche d’âge, leurs stratégies manquaient de rigueur, et hormis le dragon, leurs créatures ne brillaient ni par leur originalité ni par leur puissance. Pourtant, un élément attisait sa curiosité. Il décida d’attendre son heure. Il voulait voir cette carte de plus près. 

Le duel terminé, les trois écoliers s’installèrent sur un banc libre, échangeant des banalités sans intérêt. Il patienta, appuyé contre un arbre, guettant le moment propice. Une heure s’écoula avant que le trio ne se disperse. Par chance, la jeune fille s’orienta dans sa direction. Il se plaça alors sur son chemin. Comme il l’avait anticipé, elle s’arrêta. 

Ses grands yeux rubis l’observèrent avec une curiosité franche, avant qu’elle n’incline légèrement la tête. 

« Excuse-moi, mais pourrais-je voir ta carte dragon, celle que tu as invoquée tout à l’heure ? » Demanda-t-il, faisant fi de toute politesse. 

Une étincelle d’excitation traversa son regard, comme si on lui offrait l’occasion de révéler un trésor inestimable. Sans hésiter, elle extirpa la carte de son deck et la lui tendit avec un respect palpable. 

« Il s’appelle Odd-Eyes Dragon. Présente-toi à lui. » 

Reiji haussa un sourcil. Devait-il réellement s’adresser à une carte ? L’absurdité de la demande le frappa, mais la détermination dans le regard de la jeune fille ne laissait place à aucune négociation. 

« Je me nomme Reiji.  » déclara-t-il finalement. 

« Et moi, Yuya ! Enchantée de te rencontrer ! » Lança-t-elle sans laisser le temps à un silence de s’installer. 

Il marqua une pause. Ainsi, c’était cela son objectif ? Obtenir son nom sous couvert d’une tradition imaginaire ? Il soupira, légèrement amusé, et accepta la carte avec précaution. Yuya ne détourna pas le regard, suivant le moindre de ses gestes avec une attention presque religieuse. Pourtant, elle ne s’opposa pas à son inspection. Il nota un détail troublant : quelqu’un de mal intentionné pourrait aisément exploiter sa confiance. 

Après une analyse minutieuse, il ne releva aucun élément particulier. Une carte de type Dragon, d’attribut Ténèbres, de niveau 7, affichant 2500 points d’attaque et 2000 points de défense. Rien qui ne justifiait un tel engouement. 

Yuya tira soudainement sur sa manche. 

« Faisons un duel ! » Proposa la jeune fille avec engouement. 

« Je n’ai pas mon deck sur moi. » répondit-il calmement. 

Et même si cela avait été le cas, il aurait utilisé un jeu plus adapté au niveau de la duelliste, nécessitant alors sa confection. 

Elle gonfla les joues, manifestant sa frustration. Lui, impassible, poursuivit son examen avant de finalement lui restituer la carte. À l’instant où elle la récupéra, un sourire radieux illumina son visage. Reiji eut une brève sensation de vertige. Cet éclat, cette flamme intérieure… Il avait l’impression d’être en présence d’une lumière capable de guider même les âmes égarées. 

« Alors, promets-moi de revenir, hm… Disons, tous les deuxièmes mercredis du mois. D’accord ? » 

Il hocha la tête, presque malgré lui. Sans avoir pleinement conscience de ce à quoi il venait de s’engager. 

Contrairement à son habitude, la jeune fille garda le silence sur sa rencontre. Ce garçon était le seul à manifester un véritable intérêt pour son précieux dragon, et cela suffisait à le rendre singulier à ses yeux. Sur le chemin du retour, ses pas rebondissaient avec une légèreté presque chorégraphique, caressant la surface du sol avant de s’élancer de nouveau avec une vivacité rythmée. Sans même en avoir conscience, elle fredonna la mélodie du générique du dessin animé favori de son ami Yuzu. Odd-Eyes avait un admirateur. Elle n’aurait su espérer plus belle récompense. Déjà, elle attendait leur prochaine rencontre avec impatience. 

Reiji, quant à lui, s’engagea machinalement vers l’immeuble familial, absorbé par l’empreinte persistante de cet échange inattendu. Son esprit flottait encore dans cet instant suspendu, si bien qu’il ne se rappela même pas avoir appuyé sur le bouton de l’ascenseur. Mais lorsque les portes s’ouvrirent, la réalité s’imposa avec la brutalité coutumière. Finis le sourire envoûtant, les yeux ardents de passion, la moue attendrissante. Il retrouva le même spectacle lassant et amer : sa mère, assénant ses reproches, et son père, muré dans un silence hermétique. 

Il baissa les yeux vers l’appareil entre ses mains. Devait-il leur en parler ? Non. Il secoua la tête. Le détecteur n’avait fonctionné qu’une seule fois, et sans apporter de réponse concrète. Prudemment, il s’éclipsa du salon, évitant avec habileté de croiser leurs regards. Pourquoi son père réagissait-il ainsi ? Pourquoi sa mère ne pouvait-elle s’exprimer autrement que par des cris ? Il ne souhaitait qu’une chose : que tout cela cesse. Que leur famille puisse à nouveau partager un repas dans une atmosphère sereine, discuter de politique, d’inventions, voire, pour une fois, manifester de l’intérêt pour ses résultats académiques et ses compétences de duel. Après tout, il était le seul duelliste de la famille. 

Un claquement de porte le ramena à la réalité. Le silence retomba, oppressant. Son père s’était retranché dans son bureau ; sa mère, sans doute, jetait des objets dans une frénésie exaspérée. Son cœur se serra. Il voulait arranger les choses. Son regard se posa sur la machine entre ses mains. Il ferait mieux. Il perfectionnerait son invention, jusqu’à ce qu’elle livre ses secrets. Et ensuite, il tiendrait sa promesse à Yuya. 

L’idée le surprit. Depuis quand une promesse lui donnait-elle cette impression d’avoir un but ? Comme si, pour la première fois, il pouvait s’accrocher à autre chose qu’à une famille en miettes. Oui, il avait hâte de la revoir. 

Adossé contre un arbre, à l’écart des allées fourmillantes du parc, Reiji laissait son regard errer sur le paysage. Midi venait de sonner, et il savait que l’écolière ne viendrait pas avant un moment. Cela lui était indifférent. L’atmosphère de chez lui était devenue trop lourde ; toute échappatoire lui offrait un répit bienvenu. Pour patienter, il sortit son deck de duel et entreprit d’examiner ses cartes. 

L’attente fut moins longue qu’il ne l’aurait cru. Lorsque l’horloge sonna treize heures, une silhouette familière fit irruption dans le parc. Elle balaya l’endroit du regard, et son impatience transparaissait dans chaque mouvement. 

Reiji choisit d’observer encore un peu. Elle scruta les alentours, puis se remit à courir, la superficie du parc étant bien plus petit que le Central Park, elle y fit le tour très rapidement sans jamais passer devant lui pour autant, avant de se laisser tomber sur un banc. Ses joues se gonflèrent d’agacement, et elle ajusta ses lunettes dans un geste instinctif, masquant sa déception. Amusé, il s’approcha silencieusement avant de poser une main légère sur ses cheveux verts. Elle sursauta, formant un petit « o » avec ses lèvres, puis, en le reconnaissant, elle lui sourit avec une sincérité lumineuse. 

« Reiji, je t’attendais. » 

Ses mots, simples, firent naître une chaleur discrète en lui. Il se garda bien de lui avouer qu’il était là avant elle. 

Le duel qui suivit fut aussi divertissant qu’imparfait. Plus qu’une stratégie affûtée, Yuya semblait préférer la mise en scène. Elle présentait ses monstres comme des acteurs sur une scène, amplifiant leurs entrées et oubliant parfois de les positionner en défense. Reiji décelait une familiarité troublante dans son style, mais ses erreurs fréquentes l’empêchaient d’en saisir la source. Il la vainquit sans difficulté, mais elle exigea une revanche. 

Le scénario se répéta jusqu'à ce qu’Odd-Eyes Dragon entre en scène. Un frisson le parcourut. Il eut l’impression que l’air vibrait à son invocation, une illusion... ou peut-être pas. Ce dragon était différent. 

Reiji gagna chaque duel, mais son détecteur resta muet. Il faudrait le reprogrammer, plus tard. Pour l’instant, il voulait juste profiter du moment. Après plusieurs duels ils décidèrent de se poser ensemble avant de se séparer. Assis sur le banc, Yuya lui tendit une barre de céréales au chocolat et une autre au fruit. Son choc fut palpable en apprenant qu’il n’en avait jamais mangé. Lui, il n’y voyait qu'un simple apport en glucides et une gourmandise rapide à avoir dans la poche. Alors que l’heure de midi était passée sans qu’ils aient mangé, Reiji songea à lui dire qu’il aurait était préférable de manger un repas consistant mais se retint de lui faire la réflexion. 

Le temps fila. Reiji songea à partir. Cependant il ne savait pas quel mot employé pour la quitter en douceur, mais Yuya lui attrapa timidement la main. 

« Tu veux bien... me caresser les cheveux ? » Chuchota-t-elle d’une voix légèrement tremblante. 

Il resta interdit. Elle baissa les yeux, honteuse, avant de lâcher prise. Pourtant, lorsqu'il accéda à sa demande, il crut l'entendre ronronner. Son imagination, sans doute. Il nota mentalement de surveiller son état de fatigue. Il ne voulait pas causer plus de désordre dans le schéma familial actuel. 

 

Deux années s’écoulèrent, durant lesquelles ils continuèrent à se voir. Le parc ne fut bientôt plus leur seul lieu de rencontre, car Yuya, avide de découvertes, insistait pour explorer la ville. Elle disait souvent, avec son insouciance coutumière, que tant que son cher ami était à ses côtés, rien ne pouvait lui arriver. Avec le temps, leur complicité s’intensifia : ayant échangé leurs numéros, ils ne se contentaient plus des mercredis convenus, mais se contactaient dès qu’une occasion se présentait. Cela ne signifiait pas pour autant qu’ils se voyaient fréquemment. Entre les contraintes de leurs emplois du temps et les imprévus de la vie, il leur arrivait de ne pas se retrouver pendant plus d’un mois. Pourtant, ces deux années avaient tissé un lien profond entre eux, les éloignant de la simple relation d’étrangers croisés par hasard dans un petit parc. 

Ce jour-là, Reiji fêtait ses dix ans. Un anniversaire qui n’avait pourtant rien d’une célébration. Sa situation familiale, loin de s’améliorer, s’était au contraire assombrie. Un an plus tôt, son père était parti travailler et n’était jamais revenu. Depuis, la police et les élites de la LDS menaient des recherches dans la plus grande discrétion : le monde ne devait surtout pas apprendre que la présidence de la plus puissante compagnie de duel était vacante. Allongé sur son lit, les yeux améthyste fixant le plafond, Reiji revoyait encore la scène de la veille. Sa mère, prise de colère, avait jeté les affaires de son père dans le bureau administratif, comme si elle voulait effacer jusqu’à son souvenir. Un soupir lui échappa. Si seulement il pouvait retrouver cette famille unie qu’il avait connue enfant… Mais ce matin, il en avait la certitude : il ne pouvait plus rester à attendre. Il allait retrouver son père et le ramener à la maison. 

En quittant sa chambre, il remarqua une enveloppe colorée posée sur la pile de courrier. Intrigué, il la saisit avec précaution et réajusta ses lunettes d’un geste machinal. L’écriture au dos lui était familière : celle de Sakaki Yusho. Cet homme, il l’estimait profondément. Ami de son père malgré leurs tempéraments opposés, il incarnait une chaleur et une bienveillance rares. Champion incontesté depuis trois ans, il captivait les foules par son talent, mais ce qui fascinait le plus Reiji, c’était l’attention sincère qu’il lui portait. Contrairement aux nombreux « amis » de ses parents, qui ne s’intéressaient qu’à leur propre intérêt, Sakaki-san voyait en lui un être à part entière. S’il avait des enfants, ils devaient être heureux, songea Reiji avec une pointe d’envie. Cette pensée raffermit sa résolution : il devait retrouver son père. L’enveloppe, toujours scellée, fut reposée à sa place. Il la lirait plus tard, une fois sa famille réunie. 

Silencieux comme une ombre, il quitta la pièce. La maison était étrangement calme : personne ne l’attendait pour lui souhaiter un joyeux anniversaire, personne ne lui avait préparé de déjeuner festif, encore moins de cadeaux. Ce silence pesant ne fit que renforcer sa détermination. Il connaissait par cœur le chemin menant au laboratoire de son père. Lorsqu’il parvint à la porte sécurisée, ses doigts entrèrent machinalement le code d’accès. Les nombreuses alarmes et verrous se désactivèrent sans la moindre résistance, le laissant pénétrer dans un espace figé dans l’abandon. 

Les néons s’allumèrent, révélant un désordre laissé en suspens. Dossiers éparpillés, écrans éteints, chaises renversées, équipements oubliés… Depuis la disparition du président, personne n’avait mis les pieds ici. Reiji fouilla les lieux à la recherche d’un indice, mais après plusieurs minutes, il ne trouva rien de concluant. Un soupir lui échappa. Son regard balaya la pièce et s’arrêta soudain sur une lueur verte, vacillante. Une machine, au fond de la salle, émettait un éclat pâle. Sur son moniteur clignotait un message : « 10 % d’énergie restante. » 

Qu’était-ce donc ? Son père l’avait-il laissée allumée avant de disparaître ? La curiosité l’emporta. Il s’approcha et entra dans la machine, effleura du bout des doigts la surface froide et transparente du tube. Cherchait-il un indice, une présence, une trace oubliée ? À peine avait-il posé la main sur l’appareil que la porte se referma brutalement derrière lui. 

Son cœur s’emballa. Pris d’une panique soudaine, il frappa contre la vitre, cherchant désespérément un moyen de sortir. Une lumière aveuglante envahit la capsule. Son corps se raidit sous l’éclat violent, puis il se sentit projeté en avant. Lorsqu’il ouvrit les yeux, il s’effondra hors de la machine, pris d’un vertige oppressant. 

Le sol sous lui semblait osciller. Une douleur sourde martelait ses tempes. Son premier réflexe fut de se recroqueviller, les bras autour de lui, attendant que la tempête intérieure s’apaise. 

Notes:

Je l'avoue, je me suis amusée à écrire cet amour familiale, la naissance d'une très grande amitié et la découverte de l'inconnu.
Même si Yusho n'a jamais démontré cet amour sans faille envers Yuya, ici je voulais qu'il soit un père très aimant. Peut-être aussi parce que Yuya est une fille et que les pères ont tendance à surprotéger leur fille ?
Bref, laissez moi chouchouter Yuya parce que dans le prochain chapitre ce sera un changement de ton radical.

Mes écrits ne sont pas réguliers et j'ai déjà entamé la suite, mais elle loin d'être terminée.

J'espère en tout cas que cela vous a plu. Merci d'avoir pris le temps de lire.