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Time, mystical time

Summary:

Ils se croisaient encore et encore, comme reliés par un fil d’or invisible. Deux côtés de la même pièce, faire-valoir de l’opposant : et s’ils se découvraient loin des plateaux, loin du monde cinglant de la politique qui les rongeait, là où ils pouvaient être libres de se dévoiler, de se montrer vulnérables ?

Ou: la fanfiction où ils se moquent de leurs adversaires en privé.

 

*Rien n'est vrai, ce n'est que de la fiction pour RIRE / Les 'personnages' ont une personnalité fictive et ne représentent pas réellement Attal et Bardella. Je ne soutiens aucun des deux politiquement*

Notes:

bonjour à tou.te.s,
de retour avec du cacattal (je suis l'anonyme qui a écrit A Kiss With a Fist). Celle ci est bien différente de ma première, j'ai beaucoup hésité à l'écrire et à la poster car je refuse de participer à une dédiabolisation du RN. Cependant je sais et j'admets que Marine Le Pen et Jordan Bardella (tout comme Attal, Macron, Brigitte, toute la troupe) sont des gens qui peuvent se montrer très sympas et charmants et qui ne sont pas des monstres finis malgré leurs affiliations à gerber.

j'ai aussi écrit:
A Kiss With A Fist

(I think I made you up inside my head)

mine alone to disgrace

the edges of your soul

 

@emmawearsdocs sur insta et tiktok

Chapter 1

Notes:

(See the end of the chapter for notes.)

Chapter Text

The 1

Jordan vécut le moment en temps réel, au ralenti et en accéléré à la fois. Il assista à l’implosion de sa vie, spectateur impuissant face au chaos. Il l’avait vu venir, des mois plus tôt, peut-être même des années. Il avait évité les précédents incidents, les accidents, les carambolages. Mais contre celui-ci, il n’avait rien pu faire.

Une minute plus tôt, il dansait dans les bras de Nolwenn dans les jardins du luxueux manoir Montretout, riant aux éclats en écoutant une énième chanson de Dalida. Marine l’adorait. Marie Caroline aussi.

Ce devait être un dimanche tranquille, festif, l’anniversaire de la mère de Nolwenn. Et Jordan était convié, il était toujours convié aux repas de famille. Il faisait partie du clan Le Pen, désormais.

Plus pour longtemps, s’imagina-t-il.

Quelque chose dans les bulles du champagne, dans la fraicheur du mois de mars avait poussé Nolwenn à se rapprocher. Il avait vu ses yeux si bleus pétiller, s’arrêter sur ses lèvres, senti ses mains s’attarder plus que de raison sur ses bras et son dos et sa taille. Et là, alors que tous autour d’eux étaient plongés dans une conversation ou trop occupés à se déhancher, elle avait fait un pas dans sa direction, un pas clivant.

La différence de taille était bien trop grande pour qu’elle parvienne à ses fins, pour que ses lèvres puissent caresser celles de Jordan, mais le mouvement de recul de l’homme face à ses avances était suffisamment explicite pour qu’elle comprenne.

Il saisit ses avant-bras et baissa les yeux vers elle, l’air grave, stupéfait. Pas par son geste, non, mais par crainte de ce qui suivrait.

« Nolwenn, je… » Il ne parvint pas à trouver les mots. Tant de leçons d’éloquence financées par le Rassemblement National pour qu’il reste sans voix. Il vit ses yeux se remplir de larmes et son visage rougir de honte. « Ce n’est pas… »

Il aurait pu commencer dix phrases et n’en terminer aucune. Mais la jeune femme prit la fuite avant qu’il n’en essaye une troisième.

Il était certain que l’attention de la famille autour de lui n’était plus à leurs conversations ou à leurs pas de danse. Il pouvait sentir leurs regards peser lourd sur ses épaules. Mais au lieu de s’y arrêter, il décida de sauver la seule amitié qu’il imaginait désintéressée.

Il suivit Nolwenn à travers les jardins de Montretout, ravi que ses longues jambes lui permettent de marche à une cadence pour soutenue que la sienne. Il la rattrapa bien vite, avant qu’elle n’atteigne la dépendance au fond du jardin où elle résidait.

« Nolwenn, s’il te plaît. » Dit-il en lui attrapant le bras.

Elle se tourna vers lui, rouge, dégoulinante de mascara, essoufflée.

« J’ai besoin d’être seule, Jordan. » Répondit-elle, la voix enrouée par la boule dans sa gorge. Elle ne voulait plus pleurer, pas devant celui qui l’avait rejetée.

« Nolwenn, je suis désolé. » Il attrapa sa main pour la serrer, un geste qu’il voulait réconfortant.

« Désolé de quoi ? De m’avoir repoussée ? » Elle oscillait entre le chagrin et la colère, un mariage incontrôlable qu’elle aurait voulu anesthésier. C’était cruel, pour elle, pour lui. Elle aurait dû accepter le rejet avec grâce.

« Désolé de te faire du mal. » Il baissa les yeux, la voix tremblante et les joues lâches. Ses fossettes avaient plié bagage, comme embarrassées par ce spectacle larmoyant.

« Je suis amoureuse de toi depuis des années. » Déclara Nolwenn.

L’aveu quitta ses lèvres comme un secret, un secret que Jordan soupçonnait pourtant mais qu’il avait enfoui dans sa mémoire, loin, bien loin de son quotidien.

« Je ne peux pas… » Il ne pouvait trouver les mots, en dévoiler trop, ne pas en dévoiler assez, se fourvoyer. Mais par-dessus tout, il ne voulait pas la blesser.

Elle libéra sa main de son emprise pour croiser les bras autour d’elle-même, comme pour se réconforter. Jordan aurait voulu la prendre dans les siens mais il était certain que son initiative serait rejetée.

« J’ai essayé de te faire tous les appels de phares que je pouvais faire. » Elle soupira.

« Tu es ma meilleure amie, Nolwenn. »

« Et tu es le mien. Mais qu’est-ce que je pouvais imaginer d’autre ? On passe des journées ensemble, tu cuisines pour moi, tu es carrément invité au repas de famille. » Voilà qu’elle s’agitait, se noyant dans l’incompréhension. Tous ces signaux qu’elle avait captés, toutes ces attentions, toute cette tendresse…

« Nolwenn, tu sais que je t’adore. » Il baissa les yeux, incapable de faire face aux morceaux du cœur brisé de sa meilleure amie qu’il pouvait voir dans ses yeux rougis.

« Alors pourquoi tu ne veux pas plus ? Qu’est-ce qui ne te plait pas chez moi ? » Elle l’implorait presque. Demain, elle regretterait son insistance, se jugerait pathétique.

« Rien, Nolwenn. Ce n’est pas toi. Je t’assure que ce n’est pas toi. » Il devait se protéger, autant qu’il voulait la réconforter.

« Qu’est-ce que c’est alors ? Ta carrière qui passe avant tout, comme tu le répètes tout le temps ? »

Il acquiesça. C’était une demi-vérité, une vérité de politicien. Mais elle ne fut pas suffisante pour la convaincre.

« Je pourrais l’accepter, ça. Nous avons la même ambition, pour le parti, pour la France. Tu mènes le combat de ma famille. Je voulais être à tes côtés pour que tu le réalises. »

C’est elle qui lui attrapa les mains, cette fois, les piégeant dans les siennes, s’approchant un peu plus pour le supplier.

« Je voudrais que tu le sois aussi. » Souffla-t-il.

Elle le sentait tiraillé, elle voyait des larmes solitaires rouler le long de ses joues. « Alors pourquoi pas ? »

« Parce que c’est impossible. Je suis désolé. » Il lui embrassa les mains. Et Nolwenn sentit sa poitrine se serrer un peu plus.

« Je ne comprends pas. » Elle étouffa un sanglot qu’elle n’aurait jamais voulu libérer face à lui.

« Nolwenn, crois-moi que s’il devait y avoir quelqu’un ça serait toi. »

Il semblait sincère, si sincère qu’elle en était furieuse. De si jolis mots dont elle ne pouvait déchiffrer le sens, une énigme qu’elle ne pouvait élucider.

« Alors pourquoi pas ? Tu sais que je peux accepter de te savoir occupé, de te voir loin. La fréquence de nos rencontres me convient. » Elle se recula, lâchant ses mains, le regard sombre. Voilà qu’elle arrivait : la rage.

« Il n’y a pas que ça, Nolwenn. »

« Alors qu’est-ce qu’il y a ? Parce que ce n’est pas moi, ce n’est pas ta carrière. Qu’est-ce qui t’empêche, dans ce cas ? » Elle s’emportait et elle n’en était plus désolée. Ne méritait-elle pas une réponse claire de la part de son meilleur ami ?

« Je ne peux pas t’aimer comme tu le veux. J’aimerais tellement le pouvoir, j’ai souhaité le pouvoir mais j’en suis incapable. » La gorge nouée et l’estomac de Jordan l’étouffait. Pour la première fois, il devrait mettre des mots sur ce qu’il ressentait. Pour la première fois, il ferait passer l’intérêt et les sentiments de Nolwenn avant sa propre carrière. « Ça ne peut pas être toi, parce que ça ne peut pas être une femme. »

Il aurait pu fermer les yeux, pour éviter de voir son monde s’écrouler, pour éviter de voir le dégoût déformer ses traits. Au lieu de ça, il les garda ouverts et fut surpris de la trouver compréhensive. Sa colère laissa place à la reconnaissance alors que la dernière pièce du puzzle était placée.

« Oh. » Elle laissa échapper un rire jaune. « C’est pour ça que ma mère et ma tante n’arrêtaient pas de me dire de lâcher l’affaire, alors ? »

Il accusa le coup, presque humilié. Marine était au courant ? « Je… »

« Qui le sait ? Tout le monde sauf moi ? » Demanda-t-elle.

« Je ne sais pas. Je n’en fais pas la promotion. Quand on me demande j’utilise l’excuse de prioritiser ma carrière. » Il hocha les épaules et enfouit ses mains tremblantes dans ses poches. Son terrible secret était révélé au grand jour, bien que son entourage semblât déjà l’avoir découvert.

« D’accord. » Elle soupira.

« Je suis désolé, je ne voulais pas te blesser. Je tiens à toi, sincèrement. Je ne veux pas te perdre. » Dit-il.

« Je comprends. Mais tu m’as blessée malgré tout, même si ce n’est pas ta faute. » Elle aurait voulu sourire mais les muscles de ses lèvres ne l’autorisèrent pas.

« Je ne sais pas quoi faire pour réparer ça. » Souffla-t-il.

« J’ai besoin de temps, Jordan. J’ai besoin de prendre mes distances. T’oublier. » Répondit sincèrement Nolwenn. Elle ne pouvait continuer à espérer comme elle l’avait fait pendant deux ans. Elle ne pouvait attendre quelqu’un qui ne lui reviendrait jamais.

« D’accord. » Il ne parvint pas à cacher sa déception.

« Nous étions amis mais pour moi c’était bien plus. Je m’imaginais à tes côtés, je me suis toujours imaginée à tes côtés. Je pensais qu’on y arriverait après l’effervescence de la campagne. » Elle sourit, presque moqueuse de sa propre naïveté. Elle aurait dû le savoir, en l’entendant lui répéter qu’il voulait se concentrer sur sa carrière.

« Je suis désolé. » Répéta-t-il.

« Je vais rentrer. Je te souhaite une bonne fin de journée. » Dit-elle. Elle se retourna après lui avoir caressé une dernière fois le bras.

« Prends soin de toi. » Déclara-t-il à son dos. Il ne saurait jamais si elle l’avait entendu alors qu’elle s’éloignait vers la dépendance.

Jordan ne trouva pas immédiatement la force de rejoindre le reste du clan Le Pen dont les rires et les éclats de voix lui parvenaient lorsque la légère brise le permettait.

Il s’assit sur le muret en briques, contemplant le moment où tout avait basculé.

Il venait de perdre sa meilleure amie, peut-être pour toujours, mais au moins temporairement.

Et maintenant qu’il l’avait admis, son plus grand secret deviendrait un poids explicite sur ses épaules. Lui qui avait tant fait pour être parfait.

Tant d’heures passées à apprendre à s’exprimer, à sourire, à dialoguer, à poser, à rire. Tant d’heures passées à incarner le garçon parfait, l’image du Rassemblement National, forte, vigoureuse, masculine mais juste et intransigeante.

Voilà une tâche sur la tapisserie reluisante de la coquille vide qu’il avait un jour été.

Est-ce qu’on autorisait les Présidents de parti à pleurer seul dans les jardins après avoir brisé le cœur de celle qui incarnait la compagne parfaite ?

Une silhouette prit place à côté de lui, ramenant avec elle une odeur de cerise et de menthe et une fumée qu’il trouvait disgracieuse. La peur lui noua le ventre. Il n’osa pas se tourner vers celle qu’il redoutait tant décevoir.

« Qu’est-ce qui t’arrive, Jordan ? » Demanda Marine. Son ton était léger, à mille lieues du poids sur le cœur de son poulain.

« Je suis désolé. » Répondit-il seulement. Que dire d’autre ? Il avait brisé le cœur de sa nièce et ruiné le plan du parti par sa simple existence.

« Pourquoi es-tu désolé ? Je pense que tu ne m’as rien fait, à moi. » Elle le piégea dans un nouveau nuage de fumée en tirant sur sa cigarette électronique.

« Je ne voulais pas vous décevoir. » Marmonna-t-il. Serait-il obligé de le répéter à nouveau ? Il ne s’en sentait pas capable. Marine avait l’air si sage, presque clairvoyante à côté de lui sous le soleil. Et pourtant, il refusait de la regarder, fixant plutôt les buissons taillés au millimètre devant lui.

« Pourquoi me décevrais-tu ? Tu es là où je veux que tu sois. »

« Je voulais être parfait. »

« Personne n’est parfait. Mais toi tu l’es dans ton rôle. »  

« Vous ne comprenez pas. »

« Bien sûr que je comprends. On s’en fiche, Jordan. » C’était un dialogue de sourd qui agaçait Marine. Elle le força à tourner la tête dans sa direction.

« Mais… »

« Je suis contrariée de savoir Nolwenn triste mais elle avait besoin de l’entendre. » Dit-elle un peu brusquement.

Il se tut un moment, ouvrant et fermant la bouche comme un poisson pour trouver les mots. Ce n’était pas un quiproquo, maintenant. Il en avait la confirmation. « Et si les gens le savaient ? »

« Ne te méprends pas, on ne te laissera pas faire une interview exclusive de coming out de sitôt, et si tu te pointes maquillé et en mini-jupe on aura une discussion désagréable. Mais si l’information fuite, eh bien elle fuitera. » Marine était fidèle à elle-même : un peu brutale, sans beaucoup de tact mais toujours bienveillante envers lui.

« Vraiment ? » Son visage s’illumina d’une joie presque enfantine. Le soulagement, la légèreté.

« Regarde notre parti. On est celui qui a proportionnellement le plus d’élus homosexuels du pays. Ils ne sont simplement pas définis par ça. »

« Je sais. » Dit-il.

« Pourquoi est-ce que ça serait différent pour notre président de parti en intérim et futur président élu ? »

« J’ai paniqué. » Il fronça les sourcils et se redressa, le dos droit, les épaules en arrière, comme on lui avait appris à faire.

« Ça arrive à tout le monde. » Sourit Marine.

« Je ne sais pas si Nolwenn me le pardonnera. » Ajouta-t-il. Voilà sa dernière inquiétude, celle qui ne disparaitrait pas avant que sa meilleure amie ne lui revienne.  

« Bien sûr qu’elle te le pardonnera. Laisse-lui du temps. » Elle posa une main réconfortante sur son épaule en se levant.

« Merci, Marine. » Sourit Bardella.

 

How did it end?

Gabriel fixait l’alliance qu’il tenait entre ses doigts. Elle n’avait plus sa place sur son annulaire désormais, mais il ne pouvait se résoudre à l’abandonner. Il la portait avec lui, dans la poche de sa veste, dans son portefeuille, attachée à son porte-clé.

Le S et le G gravés à intérieur lui faisaient l’effet de poignards dans le cœur, dans le ventre, dans la gorge, dans tous ses membres. Il ne se sentait presque plus en vie ces temps-ci, alors que la sentence avait été prononcée quinze jours plus tôt.

Il l’avait su bien plus tôt. Les houleuses conversations ne dataient pas d’hier. C’étaient de minuscules désaccords qui l’avait mené là : au célibat. Il n’aurait jamais pensé le retrouver un jour. Il pensait que ça durerait pour l’éternité.

Mais il avait fait un choix, lui. Il était à l’origine de la séparation. Il avait tiré la première balle. Et la culpabilité d’avoir blessé l’homme qu’il avait aimé plus que quiconque le rongeait.

Les responsabilités les séparaient, la cadence de leurs journées devenaient un poison dans leur union, presque étrangers dans l’appartement qu’ils partageaient depuis cinq ans, presque isolés, incapables d’accorder les calendriers.

Alors quand vint la réalisation, ils avaient pris une décision : la politique, la carrière, la France ou eux.

Stéphane les avait choisis.

Mais Gabriel n’avait pas pu abandonner son ambition.

Il avait assisté aux premières loges à l’écroulement du monde de son mari. Son mari sur tous les points sauf aux yeux de la loi : parce qu’on ne se mariait pas après avoir suffisamment étudié le droit.

Il avait trop de respect pour Stéphane pour lui demande de rester et Stéphane en avait trop pour lui-même pour lui proposer.

Alors ils s’étaient séparés : ils avaient rempli les papiers de dissolution du pacs et avaient mis leur appartement en vente. Aucun ne se sentait capable d’y rester, pas avec tous les souvenirs qu’il renfermait.

Leur rupture avait été lente d’abord, puis si brusque. Et maintenant, Gabriel vivait dans le vide de son appartement de fonction à l’Elysée. Il y rentrait seul en attendant de trouver une perle rare sur le marché de l’immobilier. Il fixait le plafond, rempli d’anecdotes qu’il ne pouvait plus raconter à Stéphane.

C’était ça, le pire : la solitude. Il avait perdu sa moitié. Pire même, il l’avait laissée tomber. Et son amour pour Stéphane l’empêchait de le rappeler même dans les moments les plus douloureux. Il ne pouvait pas jouer avec lui de cette façon.

Il passait ses journées à repérer ce qui aurait pu le faire sourire, à se remémorer des souvenirs si doux, à penser à la chaleur de ses bras.

Alors dans ses rares moments de répit dans ses fonctions de porte-parole, il fixait son alliance, celle qui aurait dû les lier pour l’éternité.

« Bonjour. » Une voix à sa droite le sortit de sa contemplation : son voisin de siège pour ce vol Paris-Marseille.

Gabriel releva la tête, poli même dans ses moments les plus sombres et tomba nez à nez avec son rival politique.

« Monsieur Bardella. » Dit-il, surpris.

Jordan s’étonna de sa présence, de la coïncidence. « Monsieur Attal. » Il sourit.

Ils s’étaient déjà rencontrés, leurs fonctions obligent, mais n’avaient échangé que quelques mots.

Le jeune homme s’installa, le visage plus fermé qu’à son habitude et sortit de son sac sa tablette.

Le porte-parole replongea dans la contemplation de son alliance qu’il avait serré dans son poing à l’arrivée de Bardella.

Il n’était pas en meeting, pas en débat. Il n’avait pas besoin de se montrer fort et digne et intouchable. Il était Gabriel dans un avion Air France. Il refusait de faire bonne figure.

« Vous allez bien ? » Demanda Jordan.

Attal releva les yeux vers lui. Il ne cacha pas la bague, cette fois. A quoi bon ? Il avait dû la voir.

Il se contenta de hocher les épaules.

« Vous n’avez pas l’air dans votre assiette. » Dit Jordan.

« Juste de la fatigue. Vous savez ce que c’est la vie de politicien. »

Bardella ne posa pas plus de questions et alluma sa tablette.

Ce n’est pas que Gabriel ait eu la volonté de surveiller les faits et gestes de son voisin, mais l’écran à la luminosité maximum ne cachait rien des activités de son opposants.

Il le vit ouvrit son application de messages, actualisant en vain une conversation où une dizaine de bulles bleues s’enchainaient sans trouver de réponse. La sentence VU lui fendait presque le cœur aussi de son côté de l’écran.

Lui fixait son alliance et Jordan fixait l’absence de réponse.

« Vous allez bien ? » Demanda-t-il à son tour.

Bardella hocha les épaules aussi.

« J’ai perdu mon mari. » Dit Attal. « Enfin, il est toujours en vie mais nous divorçons. » Il montra l’alliance dans ses mains.

« J’ai perdu ma meilleure amie. Je ne sais pas si elle me pardonnera de ne pas pouvoir l’aimer comme elle le souhaiterait. »

« Je suis désolé. »

« Je suis désolé aussi. »

Jordan décida, alors que l’hôtesse leur proposa de choisir une boisson après le décollage, qu’ils méritaient un verre de vin blanc. Tant pis s’il n’était que dix heures du matin. L’heure, ça ne compte pas quand on est dans un avion.

Attal le fixa surpris, mais accepta finalement le verre, remerciant d’un sourire l’hôtesse.

« Un toast parce qu’être triste dans un avion a un avantage : l’alcool monte plus vite. » Dit Bardella.

Gabriel trinqua avec lui, souriant sincèrement pour la première fois de la journée.

Jordan s’efforça de ne pas remarquer son sourire ou la façon dont ses joues se contractait. Il s’empêcha de trouver la dent qui déviait adorable. Il avait bien plus important à penser.

« Que s’est-il passé entre vous et votre mari ? Si ce n’est pas trop indiscret. » Demanda-t-il. C’était de la curiosité mal placée, mais aussi le besoin de se distraire de sa propre perte.

Attal hésita mais sa langue se délia bien vite. Il eut l’étrange pressentiment que Jordan n’utiliserait pas ces informations contre lui dans leur vie politique.

« Nous avons dû choisir entre nos carrières et nous. Il nous a choisis, mais moi j’ai choisi ma carrière. » Dit Attal. Il n’en avait pas parlé à grand monde, seulement à sa mère et ses sœurs.

« Est-ce que vous regrettez ? »

« Non. » Il baissa les yeux sur son alliance. « C’était le bon choix. Mais c’est terrible de mettre fin à une relation alors qu’on pensait finir sa vie ensemble, que sa famille était la mienne et inversement, qu’on avait des projets pour le futur, qu’on avait un appartement. C’est terrible de se quitter alors qu’on s’aime encore. »

« C’est un choix courageux. » Répondit Jordan.

« C’est un choix égoïste. »

« Les deux ne sont pas incompatibles. »

« Le résultat est le même. » Déclara Attal.

« Oui. »

« Et vous ? »

Le plus jeune hocha les épaules. « Elle m’a dit qu’elle était amoureuse de moi et je lui ai dit que je ne pouvais pas l’être. Peu importe à quel point je l’aurais voulu. » Voilà qu’il avouait à demi-mot à une nouvelle personne, à peine une semaine après l’avoir fait à Nolwenn. A son opposant politique. Mais quelque chose dans le regard fatigué de Gabriel lui assura qu’il n’en piperait mot à personne.

Il ne réagit pas à l’aveu à demi-camouflé, calmant l’angoisse de Jordan à l’idée d’être traité différemment une fois son secret révélé.

« Elle reviendra. » Le rassura le porte-parole.

« Mais ça ne sera plus jamais pareil. » Soupira Bardella.

« Non. »

« C’est terrible, la solitude. J’aimerais lui raconter quelque chose qui m’est arrivé et je me souviens qu’on ne se parle plus car elle a besoin de prendre ses distances. »

« Je m’empêche chaque fois de prendre mon téléphone pour lui envoyer un message, ou d’embarquer quelque chose qui lui ferait plaisir pour lui rapporter. »

« Vous trouverez quelqu’un d’autre. » Dit Jordan.

« Je ne veux pas trouver quelqu’un d’autre. Si je ne suis pas capable de construire un futur avec lui, alors ça ne sera avec personne. » Déclara Gabriel.

« Alors vous voulez être seul ? » Il posa la question, comme pour s’assurer qu’il s’agissait d’une réelle possibilité. Les paroles de son opposant faisaient drôlement écho à ses propres pensées.

« Je ne veux pas être marié à quelqu’un d’autre. » C’est l’homme avec le cœur brisé qui parlait. L’homme qui avait choisi sa carrière, sacrifiant son bonheur, sa liberté.

« C’est beaucoup trop difficile d’être marié en construisant une carrière. » Dit Bardella. Il en avait longuement discuté avec Marine, forte de sa propre expérience et de celle de ses parents.

« Je suppose que c’est pour ça que les politiciens arrivaient à des postes à hautes responsabilités plus tard, ils avaient déjà eu le temps de fonder une famille. » Sourit Gabriel. Un rappel de la jeunesse qu’ils partageaient : les cadets de la politique.

« Beaucoup de politiciens ont négligé leur foyer. » Répondit Jordan. Beaucoup de chefs d’entreprise, pensa-t-il, son père le premier.

« Pas tous. Je pense que ce n’est pas incompatible. »

« J’ai du mal à vous croire. » C’était cynique, mais il avait grandi ainsi.

« Manu et Brigitte ont un mariage solide. Envers et contre tout. Parce qu’il la traite comme son égale. » Dit Attal.

Le plus jeune pouffa. « La pédo et son élève, laissez-moi rire. »

« Arrêtez avec ça. » Grogna Gabriel.

« Admettez que c’est bizarre. »

Il hocha les épaules. « Ça n’a pas d’importance. Je les connais maintenant et ils sont le couple le plus uni que j’aie rencontré. »

« Parce qu’elle s’occupe de lui comme son fils. » Il gloussa presque en se rappelant les coulisses de la campagne présidentielle de Macron.

« N’importe quoi. Vous savez qu’il a un jour interrompu un Conseil des Ministres parce que Brigitte a sauté le petit déjeuner et a fait un malaise ? Il a tout plaqué et n’est revenu qu’une fois qu’il l’a vue manger. » Dit Attal.

Jordan ne fit que rouler des yeux. « Super, il s’occupe des personnes âgées. »

« Si j’étais président, je ne quitterais pas un Conseil des Ministres pour un petit malaise. Pas pour qui que ce soit. Vous le feriez, vous ? » Demanda le porte-parole.

« Non. » Répondit Bardella sans hésitation.

« C’est pour ça que je sais que je ne pourrais pas être marié. Pas avec ma carrière. Et je pense que vous non plus, peu importe qui se trouve à votre bras. »

Jordan acquiesça.

Deux côtés de la même pièce, comme les surnommerait bientôt la presse. Deux opposants, reflet de leurs propres ambitions.

Ils ne pouvaient rester que de simples ennemis.

 

Notes:

dans ce premier chapitre surtout, j'essaye de montrer une réalité sur le RN: je n'invente rien, si vous creusez, vous trouverez les mêmes choses, c'est ce qui rend justement le parti dangereux. on a maquillé les idées d'extrême droite par un progressisme qui arrange.

je pourrais vous écrire une thèse sur les homosexuels et l'extrême droite (les gay blancs en particulier car avant d'être gay, ils sont des hommes et ils sont blancs) et la façon dont l'acceptance des LGB n'existe dans ces milieux qu'à des fins racistes. pour eux l'homophobie = se faire tabasser dans la rue = truc qui se passe dans les quartiers

le RN accepte CERTAINS membres de la communauté LGB (pas le T du tout) quand ils sont socialement acceptables: des Bardella, des Tanguy, des Chenu, ceux pour qui la sexualité est secondaire, ceux qui ne font pas de bruit, ce qui ne s'affichent pas, ceux qui se conforment aux attentes de la société (hommes masculins, femmes féminines). ça crée un faux sentiment de sécurité qui peut attirer mais sachez qu'à la seconde où ce sera à nouveau socialement acceptable d'être homophobe, ils se retourneront contre nous.