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Rewind Souls

Summary:

Kirishima tituba, attrapant l'épaule de Bakugo juste avant de tomber à genoux. Un cri éraillé empreint de douleur lui échappa. Son corps entier semblait brûler, irradiant sous une chaleur suffocante, tandis qu'une douleur insupportable irradiait de sa poitrine. Si ces pensées n'étaient pas aussi confuses, le rouquin aurait juré s'être pris une flèche en plein cœur. Sa vision se fit flou, branlante.

Il ne vit plus la rue, les passants et les commerces environnant, ni n'arrivait plus non plus à distinguer ses amis, et le vieillard. Il ne sentait plus le toucher de Bakugo sur son bras, ne sentait plus l'épaule de ce dernier sous ses doigts.

Chapter 1: Ce qui ne se voit pas

Chapter Text

Il faisait beau, ce jour là. Le genre de journée paisible et chaude de début d'été. Le soleil atteignait son Zénith, ses rayons chauds et lumineux réchauffaient les pavées de la rue commerçante d'Akihabara. Les bruits des passants, traînant et riant entre deux boutiques emplissaient l'air ambiant, tandis que les conversations de cinq élèves de la classe 1-A se mêlaient à la cacophonie ambiante.

C'était une journée sans entraînements, ni cours, ni missions. Rien d'autre à faire que traîner. Et le Bakusquad s'en donnait à cœur joie. Profitant pleinement de leur jour de repos.

— « Je vous jure les gars, s'exclama Mina avec enthousiasme, ce bubble-tea matcha-ananas est une tuerie ! »

Bakugo grimaça de dégoût, une main nonchalamment dans sa poche, l'autre tenant son milk-shake piment/choco qu'il sirotait distraitement, avant qu'il ne lâche un « Tch » dédaigneux au commentaire de la jeune fille, Kirishima rigola d'un rire puissant, vite suivi de Kaminari qui s'étouffa presque avec sa bouchée d'onigiri, tandis que Sero, à ses côtés, mâchait pensivement un bâtonnet de glace, et, les mains croisées derrière sa nuque, soupira. Un sourire en coin déforma légèrement sa bouche.

— « Franchement, j'me demande vraiment comment ton estomac peut supporter ça ! »

Mina Fredonna, souriant doucement alors qu'elle semblait réellement réfléchir à la question, un sourire malicieux étira ses lèvres rosées, puis, finalement, un doux rire secoua légèrement son corps avant qu'elle ne leur lance un doigt faussement accusateur.

— « Ce n'est pas moi qui suis bizarre, mais vous qui êtes fragiles, bandes de chocottes ! »

— « HEIN, RÉPÈTE UN PEU ÇA POUR VOIR ?! »

S'exclama immédiatement Bakugo, une veine de colère pulsante vivement sur son front. L'expression de son visage déformée par une irritation tout aussi vive. Kirishima le retint d'un geste rapide et habituel, tandis que le blond s'élançait dans la direction de leur amie pour lui faire ravaler ses paroles, sous les rires des deux autres, et du cri faussement paniqué de cette dernière.

Alors que les rires se calmaient peu à peu, Kaminari, mâchant sa dernière bouchée d'onigiri, avala prestement, quelques grains de riz trônant fièrement au coin de sa bouche, avant de relancer la conversation :

— « Hé, ça vous dit d'aller au cybercafé, après ? Y'a des nouveaux jeux de baston qui sont arrivés récemment, je sens que Bakugo va adoré ! »

— « Tch, j'me ferais pas avoir, pikachu. C'est les seuls combats contre moi où tu peux prétendre à une victoire. J'te vois venir. Et de loin. » marmonna l'intéressé, jetant distraitement son milk-shake vide à l'intérieur de la poubelle la plus proche.

Kirishima souriait doucement à ses côtés, leurs coudes se touchant parfois au rythme de leurs pas. Ses yeux se levèrent droit vers le soleil, une main cachant partiellement sa vision. La chaleur lumineuse était apaisante, les doux rayons caressant sa peau, emplissant le sentiment de bien être et de chaleur qui s'emparait de lui. Il se sentait bien, là, en compagnie de ses meilleurs amis.

Il se sentait léger, à sa place.

— « Haha, je plaide coupable ! Mais ce serait sympa, non ? » continua Kaminari, s'essuyant grossièrement la bouche.

Alors que Mina et Sero acquiesçaient bruyamment, Les cinq adolescents passèrent devant un vieux kiosque commercial en bois à moitié caché derrière une pancarte : Objets mystiques & Souvenirs d'un autre temps . Le stand était un peu poussiéreux et étriqué, coincé entre deux kombinis. Un vieil octogénaire y était assis, derrière lui des dizaines et des dizaines d'antiquités étaient entassées sur des étagères pleines à craquer.

Un chapeau blanc, aux motifs étranges, cachait le haut de son visage plissé. Ses mains ridées et tremblantes étaient posées sur une pile de vieux papiers et de cartes postales anciennes et ternies par le temps.

Le vieil homme semblait figé, presque irréel.

Personnes ne fit attention à lui, et lui même ne semblait faire attention à personnes.

Jusqu'à ce que le groupe d'adolescents passe juste devant lui.

Comme si une force extérieure le poussait, le vieil homme releva instantanément sa tête, son coup craquant désagréablement. Ses yeux pâles, presque blancs, paraissaient aveugles à la lumière du soleil. Il transperça le groupe de futur héros de son regard, et s'attarda plus particulièrement sur les deux garçons à la traîne du groupe.

Kirishima et Bakugo, marchaient côte à côte : le roux, un grand sourire édentée, se tenait droit et ouvert, le blond, le visage légèrement froissé et la posture renfrognée.

Les yeux du vieillards se plissèrent.

Il n'était pas dupe, et, l'expérience aidant, il capta immédiatement le regard du blond, s'adoucissant à chaque fois que ce dernier s'attardait un peu trop sur le rouquin à ses côtés. Celui-ci riait à présent chaleureusement à une blague d'un de ses amis.

Une inspiration tremblante s'échappa des poumons du vieil homme, tandis que ses iris opalescents semblaient voir ce que personnes d'autres ne pouvaient. Une profonde tristesse traversa son visage fatigué. Et dans un souffle, il interpella les deux garçons.

— « Vous là ! » Bakugo et Kirishima s'arrêtèrent net, se regardant incertain avant de regarder le vieil homme. « Vous êtes… fracturés… incomplets. »

— « Pardon…? »

— « C'est quoi c'bordel ? »

Imperturbable, le vieillard reprit, alors que Mina, Sero et Denki continuaient leurs chemins sans se rendre compte que leurs deux amis ne suivaient plus.

— « Deux âmes liées. Fragmentées. Incomplètes... »

Ces mots tombèrent dans l'air comme une incantation. Brute et tranchante.

Ils semblaient empreint d'une vérité oubliée. Incontestable.

Ils semblaient aussi, aux oreilles des deux adolescents, être une suites de mots sortit aléatoirement de la bouche d'un cinglé.

Perdant patience, Bakugo grogna :

— « Putain, c'est quoi c'délire encore… Hé, le vioque, c'est quoi ce charabia ?! »

— « Bakugo, calme toi enfin ! » puis, lui murmurant doucement à l'oreille, « arrête, tu vois bien qu'il n'as plus toute sa tête, ce pauvre type. » le rouquin repris ensuite plus fort, s'adressant directement au vieil homme, il s'inclina : « Désolé pour le comportement de mon ami, monsieur. On va y aller, maintenant, si ça ne vous dérange pas. »

Mais, plus vif que ne l'aurait laissé penser son vieil âge, le vieillard saisit leur poignet avant qu'ils ne se détournent.

Il sourit, bref, presque désolé...

— « Je m'excuse, » lâcha-t-il dans un souffle à peine perceptible. « mais il faut réparer ça. » Puis, il les relâcha aussitôt.

Et alors… tout se déchaîna.

Kirishima tituba, attrapant l'épaule de Bakugo juste avant de tomber à genoux. Un cri éraillé empreint de douleur lui échappa. Son corps entier semblait brûler, irradiant sous une chaleur suffocante, tandis qu'une douleur insupportable irradiait de sa poitrine. Si ces pensées n'étaient pas aussi confuses, le rouquin aurait juré s'être pris une flèche en plein cœur. Sa vision se fit flou, branlante.

Il ne vit plus la rue, les passants et les commerces environnant, ni n'arrivait plus non plus à distinguer ses amis, et le vieillard. Il ne sentait plus le toucher de Bakugo sur son bras, ne sentait plus l'épaule de ce dernier sous ses doigts.

A la place, un autre toucher, intangible, presque fantôme, lui enroulait les côtes. L'enserrant dans une poigne protectrice et désespérée. Un cri brisé, venant d'un autre temps, lui vrillait les tympans. Des flammes dansaient dans son champs de vision et lui léchaient la peau, se mêlant à la douleur et à ses propres larmes.

Des goûtes d'eau, glacés et salés, - presque une délivrance sur sa peau brûlante - s'écoulaient le long de sa nuque. Des mèches cendrées et sales lui barrait sa vision brouillée.

Bakugo quant à lui, lâcha un grognement étouffé, avant de lui aussi tomber à genoux. Le crie vague de Mina transperça l'air, se mêlant de manière confuse à celui de Kirishima et du bruit des pas de ses amis courants vers eux. Mais il n'y fit pas attention. En fait, Bakugo ne se préoccupait plus de rien.

Non, plus rien n'avait d'importance, alors que devant lui, la vus de son ami à genoux se brouillait pour faire place à un autre Kirishima, allongé, du sang s'écoulant à flot de sa poitrine. Une flèche plantée en plein cœur. Bakugo cligna des yeux, incrédule, alors qu'il se jetait aux pieds du rouquin effondré. C'était étrange, d'ailleurs. Un instant il était dans les ruelles d'Akihabara, tandis que l'instant d'après, un village envahit par les flammes les engloutissaient tout les deux.

Il n'y avait également plus aucune trace de Sero, Mina, Denki et du vieillard, comme s'ils n'avaient jamais existés.

Bakugo n'avait pas eu non plus besoin d'assister à la scène entière pour comprendre. À leur posture et à la manière dont le roux s'était échoué au sol, ce dernier venait de s'interposer entre lui et l'arme mortelle, endossant à sa place la flèche en pleine poitrine.

Encore une fois, plus rien n'avait d'importance. Ni la logique lui hurlant dans un coin perdu de son esprit, que ce n'était pas possible, ni l'étrange et dérangeante sensation de ne pas être aux commandes de son propre corps, et encore moins le décor insolite et anormalement familier.

Comme dans un film au ralentit, Bakugo se vit serrer le corps agonisant dans ses bras, puis s'entendit hurler. Un son brisé et douloureux.

Sauvage. Remplit de haine et d'amertume.

Il sentait le sang gluant, écœurant, s'écouler sur ses mains, sentait son odeur âcre se mêler à l'odeur caractéristique de Kirishima. Il se voyait serrer le corps de son ami avec une tendresse qu'il aurait jugé en temps normal, complètement déplacé.

D'ailleurs, Bakugo remarqua distraitement que le rouquin ne portait plus les mêmes vêtements que quelques secondes auparavant. Il paraissait également plus âgé, aussi. Ses traits étaient plus mûrs, ses cheveux beaucoup plus longs, dévalant son épaule en une tresse lâche, défaite par sa chute et partiellement collés par l'hémoglobine s'écoulant toujours de sa blessure.

Un kimono traditionnel de soie sombre, orné d'un discret blason familial, lui couvrait les épaules, et un hakama ample tombait en plis élégants sur ses jambes. Une flèche impitoyable, était fichée en plein cœur, souillant les tissus nobles de son sang poisseux, et collant entre-elles ses mèches rousses.

Ses yeux rubis, écarquillés de douleurs, devenaient de plus en plus vitreux, se vidant de leur vie et de leur joie habituelle...

Bakugo se sentait perdre la tête, alors qu'une rage et une souffrance tel qu'il n'en avait jamais connu s'emparait de son corps et de son esprit. Des larmes, pur dans leur forme et leurs franchises dévalaient ses joues sales, alors qu'il enserrait le corps mou, de plus en plus froid dans ses bras.

Et puis, tout s'arrêta…

Le silence. Assourdissant, se fit presque omniprésent.

Effrayant, tant le contraste lui paraissait étourdissant.

Plus de sang. Plus de feu. Plus de bruit vague d'épées s'entrechoquant. Juste un écho dans sa poitrine.

Et soudain… Il était revenu.

Il lui fallut un certain temps d'adaptation, alors que devant lui, les passants s'agglutinaient, curieux et inquiets. Ses trois amis, complètement paniqués en tête de ligne. Bakugo cligna des yeux d'incrédulité.

Son regard s'attarda à peine sur ceux tout aussi perdus de ses amis.

Immédiatement, il se tourna vers le vieillard, mais plus aucune trace de ce dernier ne subsistaient, comme de ces antiquités. Seul le kiosque restait, à présent fermé. Si Kirishima ne lui avait pas parlé également, Bakugo aurait juré avoir rêver toute la scène. Où plutôt cauchemarder.

Mais Kirishima était là, ses yeux rubis encore plus hagard que lui. Son apparence était redevenu celle qu'il avait toujours connu, et il portait de nouveau son jean bleu et son sweat à capuche rouge, sa veste noire surplombant le tout.

Une normalité frappante en comparaison de ce qu'il venait tout juste de voir.

Ils se regardèrent quelques secondes à peine, et avant même qu'il ne le voit venir, Bakugo savait ce qui allait se passer. Immédiatement, il se pencha, réceptionnant le corps mou dans ses bras alors que Kirishima s'évanouissait devant lui.

Perdant totalement connaissance.

Leurs amis étaient de plus en plus affolés, à présent. Denki se plaça aux cotés de Bakugo, l'aidant à se relever, Mina aidant à soulever le poids lourd du rouquin inconscient. Et durant tout se temps, Bakugo ne pensa pas à se dégager de l'étreinte de l'autre blond, ni à l'envoyer paître lui, Mina, Sero et tout les autres curieux.

Il ne sentait même pas les larmes qui, en un échos douloureux à la scène précédente, coulaient librement sur ses joues.

Il ne pensa pas à crier, à insulter qui que ce soit.

Seul la vus de Kirishima : d'abord mort dans ce village féodal imaginaire, du sang s'écoulant en flot de sa poitrine, de cette maudite flèche plantée dans son cœur... puis inconscient dans ces bras, dans les ruelles d'Akihabara, tournait en boucle dans son esprit.

L'image fugace de ce satané vieillard venant parfaire le tout.

Le blond, figé dans une torpeur presque irréelle, se réveilla d'un coup, lorsque Sero voulut l'écarter pour porter Kirishima. Un grognement profond jaillit de lui, bestial et brutal, qui fit reculer tout le monde. Puis, il cria :

— « NE LE TOUCHE PAS, BORDEL ! » dans un murmure bas et féroce, les dents serrées, il continua : « N'ose même pas me l'enlever. »

Ses mouvements furent si vifs, si rapides qu'ils juraient avec leurs lenteur précédente.

Presque inconscient, purement animal…

Il marmonnait inlassablement, les membres tremblants. Si bas qu'il en devenait difficile de l'entendre :

— « Je te l'interdis ! Je te l'interdis... tu me l'enlèveras pas… » Les mots qui en étaient à peine, en réalité, n'étaient plus que souffle affolés de crainte et de haine.

Sero s'éloigna aussitôt, les bras lever en signe de paix. Il échangea un regard perplexe et inquiet avec ses deux autres amis.

Bakugo semblait toujours plongé dans cette étrange transe, et il serrait Kirishima dans ses bras comme si sa vie en dépendait.

Brusquement, il s'écarta de Mina. D'un geste fluide, il souleva Kirishima lui-même. Ses bras, tendus comme un cocon protecteur, ne relâchèrent plus leur prise. Enserrant le roux comme s'il avait peur qu'on le lui arrache.

Son regard s'attarda plus longuement que nécessaire sur le visage pâle de son ami, les traits tirés sous une douleur insupportable. La chaleur de son corps contre lui, lui paraissait faible. Trop faible .

Et ce simple détail suffit à ravir en lui ce sentiment d'urgence et de panique, qui ne cessait de croître.

A partir de là, il fut tout bonnement impossible pour quiconque de détacher le rouquin de son étreinte. Et à vrais dire, ses amis n'essayaient même plus.

Quelque chose semblait brisé, chez le blond.

Et les trois membres restant du Bakusquad ne savaient pas comment l'aider. Ni ce qui avait bien pu être à l'origine du mal qui, semble-t-il, venait de frapper leurs deux amis...

La suite fut floue dans l'esprit de Bakugo.

Ils avaient prévu d'aller au cybercafé. C'était leur plan initial. Mais ils n'eurent besoins d'aucuns mots, ni d'aucunes paroles pour que tous concluent la même chose.

Mina, Sero et Denki décidèrent de rentrer à l'UA.

Tant pis pour leur journée de repos.

Quelque chose s'était passé, sans même qu'ils ne s'en rendent compte. Le temps n'était plus à la rigolade ni à la paraisse, mais bel et bien à l'urgence.

Et, à en juger par le teint pâle et hagard de Bakugo, ainsi qu'à l'évanouissement soudain de Kirishima, les trois amis décidèrent d'en informer immédiatement leur professeur principal, juste après avoir déposé le rouquin chez Recovery Girl.


Le silence dans la pièce était seulement interrompu par les petits cliquetis des instruments médicaux et le bruit feutré des pas de Recovery Girl, vérifiant les constantes de Kirishima. Étendu sur le lit de l'infirmerie, le rouquin dormait encore d'un sommeil agité, sa respiration légèrement haletante trahissant un malaise profond et palpable, malgré les soins.

Bakugo était assis, figé, sur une chaise métallique et inconfortable, juste à côté. Il ne disait rien. Ses bras croisés sur sa poitrine étaient tendus à en faire craquer les coutures de sa chemise. Ses jambes, écartées, martelaient nerveusement le sol de leur battement sourd.

Chaque coup contre le sol résonnait comme un tic-tac régulier. A l'image d'une bombe prête à exploser.

Il fixait Kirishima sans cligner, comme s'il avait peur que le corps sur le lit cesse de respirer dès qu'il clignerait des yeux.

Aizawa, qui avait été appelé en urgence, était resté silencieux jusque-là.

Il se tenait à l'entrée de la pièce, les bras dans son éternel cocon de bande. Il observa un moment la scène, son regard traînant sur le visage fermé de Bakugo, puis sur celui endormi de Kirishima. L'ambiance pesait, lourde, pleine d'un non-dit électrique.

Le professeur n'avait pas pleinement compris les divagations de ses trois élèves. Kaminari Denki et Ashido Mina avaient été les plus bruyants, et les moins clairs. Heureusement, Henta Sero avait été plus lucide et concis. Ils marchaient tous les cinq dans les rues commerçantes d'Akihabara, puis Bakugo et Kirishima s'étaient étrangement arrêtés.

Aucun d'eux trois ne s'en étaient rendu compte, avant que Kirishima ne se mette soudainement à hurler de douleur. De là, ils ont vu les deux garçons à genoux, puis se sont aperçut de l'étrange apathie de Bakugo, mais avant qu'ils ne puissent dire quoi que ce soit, Kirishima s'était évanouit.

Le comportement de Bakugo après ça n'avait fait que s'empirer, agissant comme un étrange chien de garde et refusant de quitter Kirishima ne serait-ce qu'un seul instant.

C'était les mots exacts de Sero.

Et en voyant l'attitude présente du blond, Aizawa ne pouvait qu'être d'accord.

— « Tu peux m'expliquer ce qu'il s'est passé ? » demanda finalement Aizawa, d'une voix calme mais ferme.

Bakugo ne répondit pas. Il ne détourna même pas les yeux. Il resta là, impassible, à regarder Kirishima. Le muscle de sa mâchoire se contracta, presque imperceptiblement, preuve que l'adolescent l'entendait malgré tout.

— « Bakugo. »

Rien.

Aizawa soupira.

Il avait vu bien des élèves brisés. C'était d'ailleurs la raison principale de ses tendances à virer ceux qu'il jugeait trop fragile pour la vie de héros. Mais cette fois-ci, c'était différent. Ce n'était pas une attaque banal, et à première vus, Bakugo et Kirishima n'avaient pas vécu de situation en rapport avec l'aspect héroïque de ce qu'était à présent leur vie.

Non, cette fois-ci, ça n'avait rien à voir.

Quelque chose clochait profondément.

Et voir l'apathie de Bakugo Katsuki, entre tous ses élèves, lui qui d'habitude se montrait si bruyant, vif et explosif...

C'était définitivement quelque chose de dérangeant.

Anormal .

Son état n'avait rien à voir avec une simple fatigue émotionnelle. Non, le garçon était clairement en état de choc. Et assez grave. Aizawa n'avait pas besoin d'être un héros professionnel pour comprendre l'étendue des dégâts psychologiques que le garçon avait subi. Il n'y avait donc qu'une seule solution possible.

Entre les laps de temps où les deux adolescents avaient cessé de suivre leurs trois amis, et entre celui où ces derniers s'en étaient rendus comptes, un Alter avait dû les frapper. Peut être un Alter d'illusion, où de contrôle d'esprit… Il y avait tant de possibilité que rien que d'y pensait, Aizawa sentait déjà un mal de crâne poindre le bout de son nez.

La question était maintenant : Qui, et pourquoi eux ?

Pourquoi cibler spécifiquement Bakugo et Kirishima ?

Kaminari, Ashido et Hanta étaient eux aussi présents. Et aucun d'eux n'avaient été visés. De plus, d'après les dires de ses élèves, aucuns civiles n'avait également de près ou de loin, été la cible de cette attaque. Ni même montré des symptômes similaires à ceux de Bakugo et Kirishima.

Ce qui voulait dire que ses deux élèves étaient les cibles initiales. Si cibles spécifiques il y avait. Maintenant, il ne restait plus qu'à déterminer le pourquoi, le comment et surtout : le but ? Quel était la fin de tout cela ?!

Soupirant de frustration, son mal de tête maintenant bien présent, Aizawa s'approcha d'un peu plus près de l'adolescent apathique, s'accroupissant presque à sa hauteur. Sans être trop proche non plus.

Il prit soin de ne pas cacher la vus de Kirishima de son corps, car il savait pertinemment que si Bakugo se sentait acculé, il exploserais sans doute - littéralement.

— « Il s'est évanoui en pleine rue. » commença-t-il doucement, sa voix plate, cachant habilement la pointe d'inquiétude qui le tenaillait pourtant.

Il devait se montrer droit, ferme et inébranlable devant son élève. Bakugo n'avait pas besoin de voir que la situation l'inquiétait autant, il avait besoin de comprendre qu'il pouvait se reposer sur lui et lui faire confiance. Lui montrer son désarroi face à la situation présente ne serait que contre productif.

— « Tu étais là. Tu l'as rattrapé. Tu as vu quelque chose. Je ne suis pas là pour t'acculer, je veux juste comprendre. Qui vous a attaquer, Bakugo ? »

Toujours aucun mot.

Mais le serrement des poings de Bakugo parlait pour lui. Aizawa se redressa finalement, réalisant en un soupir que même lui n'obtiendrait rien ce soir.

Il échangea un regard placide, entendue avec Recovery Girl. Sans même parler, il savait que Chiyo était au moins aussi inquiète que lui. Ses trois élèves n'avaient pas exagérés. Il était quasiment impossible de soutenir quoi que ce soit à l'adolescent, du moins, pas sans utiliser la force. Ce qu'Aizawa ne ferait définitivement pas.

Étant donné que la vie de Kirishima Eijiro n'était pas en danger de mort, Aïzawa ne pouvait se résoudre à faire cela à Bakugo Katsuki, visiblement en état de choque.

Il soupira une dernière fois, démuni par le silence de son élève, puis ajouta lentement :

— « Tu ne peux pas le protéger tout seul, Bakugo. »

Parce que quoi qu'il en pense, Aizawa se devait tout de même de le dire.

Cette phrase-là, elle sembla vibrer dans l'air comme une corde tendue, prête à se rompre.

Bakugo inspira, fort, comme s'il se forçait à respirer. C'était la première réaction autre que ce regard fixe qu'il montrait depuis le début. Pas une net amélioration, mais Aizawa s'en contenterait.

C'était déjà ça. Sauf que Bakugo ne parlait toujours pas.

Il ne le pouvait pas. Parce que, s'il ouvrait la bouche, il savait que ce ne serait pas des mots qui sortiraient. Ce serait une tempête, une ruine. Une déferlante.

De quoi ? Il ne le savait même pas lui même. De rage, de cris, de pleurs ? Peut-être qu'il laisserait tout cela sortir à la fois. Bakugo lutait déjà désespérément pour garder le contrôle excessivement fragile sur son Alter. Et il ne pouvait pas perdre son sang froid maintenant.

Non, c'était même plus que ça. Il n'en n'avait tout simplement pas le droit. Pas avant d'avoir pleinement compris ce qu'il s'était passé tout à l'heure.

Et puis, Kirishima n'avait pas besoin d'un ouragan ou d'une tempête. Il avait besoin de paix. Bakugo s'était inconsciemment donner pour mission d'y veiller personnellement.

A l'attendant, il se devait de veiller sur Kirishima. Échouer n'était pas une option. Ce n'était même pas à moitié envisageable.

Non.

Pas même un peu.

Bakugo ne pouvait pas se permettre de le perdre une seconde fois.

Pas encore.

... Quoi que cela veuille dire .

Alors il restait là, les yeux rivés sur Kirishima, les dents et les points serrés, les membres tendus, le cœur en feu, et le silence vissé aux lèvres.

Il serrait tellement ses poings, que ses ongles entaillaient douloureusement sa paume. Comme un étrange miroir, une vague grimace déforma les traits endormis du rouquin.

Personne n'y fit attention, sauf Bakugo, qui, comme par instinct, sans même s'en être réellement rendu compte, desserra ses poings. Il pouvait presque entendre le rouquin dans son esprit l'enjoindre d'arrêter de se faire mal inutilement, puis s'entendre lui-même maugréer une vague excuse dans les méandres de son esprit abîmé.

Aizawa lança un dernier regard à ses deux élèves, il accrocha le regard de Chiyo, et quitta la pièce.

La porte se referma doucement.

Dans l'infirmerie, il ne restait plus que les pas feutré de Recovery Girl, le souffle régulier de Kirishima, le silence buté de Bakugo… et cette tension invisible, tissée de douleur, de peur et…

…De quelque chose que le blond n'était pas encore prêt à nommer.


Aizawa n'eut pas à attendre longtemps avant que Chiyo ne le rejoigne dans le couloir. Heureusement, ils étaient seuls. Kaminari, Ashido et Hanta qui, au début patientaient tranquillement, avaient fini par rejoindre leur dortoir.

Probablement.

Du moins, Aizawa le supposait-il.

Il n'eut qu'un mot à prononcer pour que Chiyo comprenne exactement ce qu'il voulait : « Alors ? »

Elle soupira : « Il n'a aucune blessure. Rien. »

Aizawa souffla de soulagement, mais elle reprenais déjà, le visage sombre.

— « Mais il souffre énormément. » Sa voix était froide, sans appel et terriblement empreinte d'impuissance.

— « Que veux tu dire ? S'il n'est pas blessé, alors comment…? »

— « Ses blessures sont mentales. Il souffre d'un syndrome de reviviscence. C'est comme si... » Recovery Girl s'arrêta fréquemment, les lèvres pincées, incertaines.

Aizawa la pressa immédiatement : « Comme si quoi ? »

La vieille femme soupira de frustration.

— « Comme si son cerveau revivait une blessure extrêmement grave. Une blessure mortelle, qu'il n'a pourtant jamais eu mais qui, pour lui, est parfaitement réel… »

La phrase flotta un moment entre eux, dévastatrice de par sa gravité.

— « Shota, je vais être honnête avec toi. J'ai déjà vu ce genre de cas sur certains patients ayant vécu de graves blessures et s'étant sortis de justesse. Et la plupart ne s'en sont malheureusement pas sortit indemne... Mais ce garçon n'a visiblement jamais vécu ce genre de douleur. Quoi qu'il ce soit passé là bas, ce n'est ni explicable, ni anodin. »

Aizawa expira longuement à son tour. Au moins, même s'ils n'avaient aucune idée de ce qui avait bien pu se passé à Akihabara, ils étaient d'accord sur un point.

Ce n'était pas normal.

— « Et pour Bakugo…? »

Cette-fois-ci, les lèvres de Chiyo se serra en une ligne fine, inquiète et troublée.

— « Pour lui, le cas est tout aussi préoccupant. Ce garçon est plongé dans un mutisme profond, presque catatonique. Mais dès que quelqu'un s'approche trop de son ami, il entre dans un état d'hypervigilance extrême. Le stress et la peur sont si intenses, qu'il m'a littéralement grogner dessus à plusieurs reprises… Il présente des symptômes typiques d'un TSPT dissociatif, habituellement fréquents chez les soldats revenus des zones de combats les plus traumatisantes… ou chez les héros marqués à vie. »

Le verdict tombé, un lourd silence s'abattit maintenant sur les deux adultes...