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Neige au petit-déjeuner

Summary:

Traduction de Snow for breakfast, écrite par Nekef

Notes:

Bien le bonjour tout le monde.
Après un trimestre de silence, je reviens avec un petit shot de douceur tout droit sorti de l'univers de Regarde-moi avec ton âme. Si vous ne l'avez pas encore lue, je ne peux que vous conseiller vivement d'aller y jeter un œil, vous passerez un bon moment ! Il s’agit d’un One Shot se situant entre le chapitre 19 et l’épilogue. Il a été écrit par Nekef à l'occasion d'un Secret Santa avec le prompt suivant : "Do you want to build a snowman?" (Paroles anglaises d'une chanson de la Reine des Neiges traduites par "Je voudrais un bonhomme de neige" dans la version française)
Je vous souhaite une excellente lecture.

(See the end of the work for more notes.)

Work Text:

L’arôme crémeux du cacao s’intensifiait tandis que le liquide riche frémissait doucement dans la petite casserole en acier posée sur la plaque à induction. Elle remua le chocolat encore quelques fois avec la cuillère en bois, raclant délicatement le fond pour éviter qu’il n’accroche. Lorsque le mélange épaissit enfin et opposa une légère résistance au mouvement, elle effleura le panneau de commande du bout des doigts pour éteindre le feu. Trois légers bips et une voix métallique confirmèrent que la plaque était désormais éteinte.

Il y avait peu de choses qu’elle aimait plus que le chocolat, et parmi elles figurait le simple plaisir de le transformer en quelque chose de chaud, velouté et délicieusement sucré, sans la moindre retenue. Tobias était sans aucun doute responsable de cette obsession. Pendant les vacances, il la réveillait toujours avec son immense mug en forme de bonhomme de neige, rempli à ras bord de chocolat chaud, suivi d’un baiser délicatement déposé sur son front.

Ensuite, le rituel ne changeait jamais. Elle retirait la fine pellicule brillante à la surface avec une petite cuillère, incontestablement la meilleure partie. Elle mangeait pas moins de six biscuits, soigneusement trempés dans l’épaisse richesse du cacao. Elle nettoyait méticuleusement la tasse (et parfois même la casserole), traquant la moindre goutte. Et enfin, elle se plaçait devant le miroir et riait, parce que ses lèvres et ses dents étaient devenues presque noires.

Les notes de la chanson s’estompèrent peu à peu, devenant plus douces et plus lointaines jusqu’à ce que la radio devienne complètement silencieuse pendant un bref instant. Caitlyn sourit en repensant à son père qui avait immortalisé le moment où elle s’était barbouillée de chocolat jusqu’au bout du nez. Elle se demanda si cette photo se trouvait encore quelque part dans la maison, peut-être glissée dans l’un des nombreux albums empilés dans la bibliothèque du salon.

"Et nous voilà de retour avec notre programmation spéciale musique de Noël sur Hextech Radio. Je suis Viktor, et juste après, trois chansons à la suite !" L’accent russe inimitable de l’animateur grésilla à travers la radio posée sur le plan de travail métallique étincelant de la cuisine. "On commence avec l’unique et incomparable Mariah Carey !"

Caitlyn se surprit à fredonner tandis qu’elle posait soigneusement la cuillère contre le rebord de la casserole. Elle alla chercher deux mugs dans le placard au-dessus de l’évier et les déposa près de la cuisinière, attendant que le chocolat chaud refroidisse légèrement avant de le verser.

"All I want for Christmaaas…"

Un léger sourire étira les lèvres de Caitlyn lorsqu’elle entendit les pas lourds de sa nouvelle colocataire résonner sur le parquet, bientôt rejoints, naturellement, par les pattes de Steb. Les deux bruits se mêlaient de façon délicieusement chaotique à la mélodie qui s’échappait de la radio, formant une joyeuse symphonie dissonante.

"Salut." Lança d’abord la voix rauque de Vi, et une fraction de seconde plus tard, ses mains se posaient sur les hanches de Caitlyn pour l’attirer doucement contre elle.

Caitlyn se laissa aller contre son étreinte, chercha son visage du bout des doigts et déposa un tendre baiser sur sa joue.

"Bonjour. J’allais justement venir vérifier que tu respirais encore."

"Ah oui ? Pourquoi ?" Taquina Vi.

"Il est onze heure trente. Après plus de douze heures de sommeil, je crois qu’on peut officiellement parler d’« état comateux »." Répliqua-t-elle en haussant très légèrement un sourcil.

"Waouh, j’adore quand tu parles comme ça, on dirait une vraie professionnelle…" Ricana Vi en passant ses bras autour de sa taille pour la rapprocher encore. "Tu ferais une médecin sacrément sexy."

"Oh, va te faire voir !" Protesta Caitlyn, incapable toutefois de retenir un rire. Elle donna une petite tape joueuse sur l’épaule de Vi.

Violet poussa un gémissement théâtral. "Hé, docteure, j’ai encore besoin de cette épaule."

"Dormir autant, ce n’est pas bon du tout pour toi." Affirma Caitlyn d’un ton faussement réprobateur en secouant la tête. "Quand tu te réveilles, tu es pleine d’énergie et tu dis deux fois plus de bêtises que d’habitude."

"Et tu m’aimes pour ça."

Les doigts de Cait retrouvèrent son visage, en suivant les contours familiers. Elle s’attarda sur son nez, l’effleurant doucement du pouce, avant de laisser ses mains glisser dans les cheveux courts à la base de sa nuque.

"C’est vrai. Vraiment."

Ses doigts frôlèrent brièvement ses lèvres, puis sa bouche prit leur place.

"Du chocolat au petit-déjeuner ?" S’enquit Vi avec un sourire malicieux lorsqu’elles se séparèrent enfin, jetant un regard vers la casserole encore fumante.

"Pourquoi pas ? C’est bientôt Noël… Ça me semblait être une excellente excuse."

"Pas faux."

Vi s’éloigna et Caitlyn l’entendit s’affairer près de la casserole en versant le chocolat brûlant dans les deux mugs. Caitlyn se dirigea vers la table, laissant ses doigts en effleurer la surface pour trouver une chaise. Elle se recroquevilla comme elle le faisait toujours, ses longues jambes ramenées contre sa poitrine.

Vi prit les deux tasses, pleines à ras bord, et se tourna vers elle. Mais lorsque son regard capta enfin la vue à travers la fenêtre, elle se figea.

"Oh mon Dieu."

"Quoi ?" Cait se redressa légèrement, un peu inquiète.

"Cait, tout est complètement blanc dehors !" S’extasia Vi en se rapprochant de la table. "Il neige !"

"Vraiment ?"

"Oui !"

Vi posa distraitement les mugs sur le comptoir en bois et rejoignit la fenêtre en deux longues enjambées. Elle resta un instant immobile, contemplant les toits au loin désormais recouverts d’un manteau de neige. La rue en contrebas disparaissait sous une épaisse couche blanche, intacte. Les flocons tombaient sans relâche, et des groupes d’enfants et d’adultes affluaient dehors, emmitouflés dans de lourdes vestes et des bonnets enfoncés jusqu’aux oreilles, se jetant avec enthousiasme dans ce fleuve immaculé.

"C’est magnifique…" Murmura-t-elle, incapable d’en croire ses yeux.

"J’imagine." Répondit Caitlyn après un long silence, d’une voix basse et un peu rauque.

Elle passa une main dans ses cheveux, les rejetant sur le côté pour qu’ils retombent sur sa joue, en dissimulant partiellement son visage.

Vi se tourna vers elle. Caitlyn porta son mug à son visage, inspirant la vapeur qui s’en élevait. Cela rappela à Vi leur premier « rendez-vous », lorsque Caitlyn avait tenté de se cacher derrière la céramique pour dissimuler ses joues rougies.

Encore maintenant, Vi retrouvait cette même expression : une pointe de tristesse, un soupçon de mélancolie. Comme légèrement perdue dans un souvenir ancien qui effleurait les bords de son esprit.

Violet s’approcha de la table, un sourire s’élargissant sur son visage à mesure qu’une idée germait.

"On a encore des carottes ?"

"Des carottes ?" Caitlyn abaissa sa tasse, fronçant les sourcils. Elle secoua légèrement la tête. "Qu’est-ce que tu peux bien vouloir faire avec des carottes ?"

"Oui ou non ?" Violet ignora sa question et se dirigea vers le réfrigérateur.

"Je ne me souviens plus… Je crois que oui."

Elle ouvrit brusquement la porte du réfrigérateur et parcourut des yeux les étagères à moitié vides. Il fallait vraiment qu’elles aillent faire des courses bientôt, avant que les rues ne deviennent impraticables. Puis elle tira le bac à fruits et légumes et fouilla à l’intérieur, pour finalement en sortir une longue carotte noueuse.

"Parfait…" Déclara-t-elle en la brandissant triomphalement, comme si elle tenait un Oscar entre ses doigts. "On s’habille."

"Quoi ? Pourquoi ?" Demanda Caitlyn d’un ton plus sec. Complètement déconcertée, elle reposa son mug sur la surface en bois poli. "Je veux mon chocolat."

"Dehors. Maintenant." Ordonna Vi en s’approchant, la voix vibrante de cette urgence fébrile propre aux élans soudains. "On va faire un bonhomme de neige."

"Un bonhomme de neige ?" Caitlyn se sentit presque ridicule de répéter tout ce que Violet disait, mais chaque nouvelle phrase de sa petite amie lui paraissait plus absurde que la précédente.

"Oui."

"Mais—" Tenta Cait.

"Pas de « mais »." La coupa Vi en lui prenant la main pour l’attirer vers elle. Caitlyn la suivit, se levant et se laissant guider.

Vi déposa un doux baiser sur ses lèvres, la réduisant complètement au silence et effaçant toute protestation restante.

"On y va." Répéta-t-elle avant de se tourner et de l’entraîner vers leur chambre.

Cait se mordit la lèvre inférieure tandis que la tension quittait enfin son front. Puis elle sourit en pensant à sa tasse de chocolat d’enfance. Vi avait toujours cette façon de lire en elle comme dans un livre ouvert, d’y déceler quelque chose qu’elle-même n’avait même pas conscience d’avoir écrit au fond d’elle. Et chaque fois, chaque ligne, se transformait en poésie.

Peut-être que, pour une fois, elle pouvait laisser son chocolat de côté.

 

La neige avait déjà recouvert la majeure partie de la ville, s’accrochant à chaque surface comme une épaisse couche d’écorce d’orange. Toits, voitures, arbres, tout brillait d’un blanc éclatant sous le soleil pâle, filtré à travers des nuages encore lourds de flocons. Douce et poudreuse, elle crissait sous leurs bottes, qui s’enfonçaient profondément dans le tapis immaculé étendu sur la pelouse du jardin de la résidence.

Et rien n’indiquait qu’elle allait cesser de tomber. De minuscules cristaux de glace se déposaient sur les cheveux de Cait, laissés partiellement découverts par son bonnet de laine. Vi éclata de rire en se tournant vers elle, remarquant que quelques flocons s’étaient même accrochés à ses cils. Ses lèvres, étirées en un sourire, étaient pleines et rougies par le froid. Vi ne put résister à l’envie d’y déposer un baiser.

Cela lui rappela la glace pilée que Vander préparait quand il neigeait ainsi. Il se précipitait dehors, presque en courant, pour recueillir la neige fraîche dans un grand bol. Puis il rentrait à toute vitesse pour l’arroser de sirop de cerise bleu avant qu’elle ne fonde. Ils la mangeaient à la cuillère, directement dans le bol, elle, Powder et Vander.

Elle aurait dû en préparer une pour Cait aussi.

Au chocolat, peut-être.

Elles s’agenouillèrent dans la neige en riant, et Cait se mit aussitôt à l’œuvre, modelant la neige entre ses mains gantées et imperméables. Elle commença par former une boule de taille moyenne, puis se mit à la faire rouler autour d’elle, tassant la neige de ses paumes à chaque tour. Elle s’émerveillait de la texture douce et délicate de la neige fraîche, frissonnant légèrement au son net et sec qu’elle produisait lorsqu’elle la pressait entre ses doigts. Vi l’observait, intervenant pour l’aider dès que la boule devenait trop lourde pour qu’elle puisse la pousser seule.

Ensuite, elles façonnèrent ensemble une seconde boule qu’elles posèrent sur la première. Enfin, une plus petite pour la tête. Violet passa ses bras autour de Cait par-derrière, prenant ses mains dans les siennes, et ensemble elles placèrent la carotte en guise de nez. Vi laissa Caitlyn guider le mouvement, dirigeant leurs deux mains tandis qu’elles sculptaient la neige. Elles lissèrent davantage la tête, balayant l’excédent sur le sommet. Elles arrondirent le ventre du bonhomme, le rendant prêt à affronter le froid mordant.

Caitlyn retira même ses gants pour sentir la texture glacée du bout des doigts. Elle se pencha, plongeant la main dans la poudre gelée, frissonnant légèrement, sans pouvoir s’empêcher de sourire. Vi resta près d’elle, la regardant, adorant chaque détail de la femme devant elle.

Vénérant cet instant, elle laissa l’amour indompté qui réchauffait sa poitrine chaque jour entrer en collision avec l’air hivernal qui gelait sa peau, dans une guerre impossible d’oxymores et de frissons.

Elles cherchèrent deux branches pour faire les bras, et Cait s’assura qu’elles soient assez longues pour que le pauvre bonhomme puisse se gratter. Vi la fixa un instant, perplexe, avant que Cait n’éclate d’un rire cristallin. Elle chérissait ces rares moments où Caitlyn se laissait aller, disant quelque chose d’entièrement absurde et de parfaitement ridicule. Ensuite, Cait mordait toujours sa lèvre inférieure, retenant son souffle, attendant la réaction de Vi, une réaction qu’elle pouvait sentir sans même la voir.

Et Vi ne la décevait jamais. Elle attira Caitlyn contre elle, l’embrassa et rit doucement contre la courbe parfaite de sa bouche.

Enfin, elles cherchèrent deux pierres pour faire les yeux.

Elles fouillèrent pendant plusieurs minutes dans la neige recouvrant l’allée et les plates-bandes. Finalement, elles choisirent deux pierres totalement différentes l’une de l’autre. L’une était ronde et colorée, sa surface polie par la pluie et le temps. L’autre était carrée, sombre, aux angles vifs et aux arêtes irrégulières.

Elles les placèrent au-dessus de la carotte, de chaque côté de la tête. Légèrement de travers. Trop petites pour l’immense boule qu’elles avaient construite.

Imprécises et dépareillées, comme des défauts, de ceux qu’on aime rarement et qu’on méprise trop souvent. De ceux qui font douter de soi, se sentir jamais suffisant. De ceux que tout le monde aimerait effacer.

Peut-être que ces deux yeux étranges étaient même laids. Absurdes.

Et pourtant, pour cette même raison, ils étaient irrémédiablement parfaits.

Notes:

Cela fait un an jour pour jour que j'ai contacté Nekef afin de lui demander l'autorisation de traduire et partager son œuvre aux lecteurs francophones. C'est fou à quel point le temps passe vite... Il s'en sera passées des choses pendant cette année. Les mois qui la définissent font partie des plus heureux de ma vie. Comme quoi, une décision sur un coup de tête après une nuit quasi blanche à lire peut mener à de grandes choses.
Pour marquer le coup de cet "anniversaire", j'ai voulu replonger dans les écrits de Nekef qui encore aujourd'hui me procurent une immense joie. En ces temps difficiles et quelque peu incertains, cette touche de douceur fait un bien fou, vous ne trouvez pas ?

Comme d'habitude, n'hésitez pas à aller communiquer vos bonnes ondes avec Nekef sur Ao3, Twitter, Tumblr, ou encore sur NickiRead. Vous pouvez aussi nous rejoindre sur un Discord vraiment sympa dédié à CaitVi.
Quant à moi, je suis plutôt sur Twitter...

À la prochaine ~