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Lors d’un de leurs streams, un jeudi, Arthur et Joseph faisait des modifications sur la Volvo du premier, mais ce soir-là, encore plus que d’habitude, la concentration de Joseph vacillait un peu plus à chaque minute, les erreurs et bêtises s’enchainés. Malgré les efforts pour suivre les dires de son associé et amant afin de participer a tout cela, la fatigue rendait les choses compliqués pour celui-ci, ses mots se mélangeants, son corps ne répondants pas correctement a ses volontés.
C’était quelque chose que les deux associés avait appris à connaitre avec le temps, la fatigue faisait de sacrés dégâts sur la concentration et le fonctionnement général du plus vieux. Au début, aucun des deux ne comprenait vraiment d’où cela venait, ni ce qui le provoquait, c’est Arthur qui, en effectuant des recherches, avait trouvés de nombreuse similitude entre les habitudes et comportements de son petit ami et la neurodiversité, en particulier avec le trouble déficitaire de l'attention avec hyperactivité (TDAH). Chaque petite habitude de l’homme qui avait le don d’attendrir ou énervé Arthur était en fait un indice du cerveau en pleine ébullition de Joseph...
La façon dont il agitait sa jambe quand il restait assis trop longtemps, ou alors sa manie de toujours trituré quelque chose entre ses mains quitte à les laissé trainé comme ses foutus bout de scotch, ou encore cette habitude de tout mettre à ses lèvres ou contre sa peau pour en rechercher les sensations, et encore tant d’autre chose... Chacun de ses détails qui faisait que Joseph était Joseph était en réalité le signe évident d’un trouble neuro.
Alors en effet ce n’était rien d’officiel. Et il n’en avait même pas vraiment parler avec le principal concerné, ne voulant pas l’embrouiller. Connaissant son amant, il valait mieux attendre qu’il le mentionne lui-même avant qu’Arthur ne mentionne ses théories. Mais il n’empêche que les faits étaient là et qu’ils étaient quasiment certains.
Et ce soir-là était un exemple parfait de cette théorie. Et Arthur était d’humeur blagueuse, ce qui n’était peut-être pas le meilleur combo mais soit. Au début Joseph en riait aussi, qu’il s'agisse de ses idées catastrophiques pour ne pas respecter les règles, les oublis, les taches sur le sol ou sur sa chemise, les erreurs sur les pseudos au moment de remercier la communauté. Tout était amusants d’extérieur, mais de l’intérieur Joseph bouillonné, son fil de pensés s’emmêlé et tout devenait terriblement compliqué à comprendre pour lui, la fatigue embrumant son cerveau.
Le premier point culminant de cela, fut l’oubli du philtre moteur sur la servante, ce qui avait provoqué l’étalement de toute l’huile moteur sur celle-ci ainsi que sur le sol.
Joseph parlait à la caméra quand la réaction d’Arthur le fit s’arrêter
— Putain Joseeeph ! je te déteste... C’est quoi ton problème putain ! La voix d’Arthur fit immédiatement réagir le fautif
Celui-ci se mit à rire nerveusement, s’excusant dans un marmonnement habituel... il fit semblant de rire et se dépêcha d’aller nettoyer, écoutant son petit ami se plaindre et bougonner qu’il avait ENCORE abimer ses outils. Chaque mot enfoncé Joseph un peu plus dans sa culpabilité et sa colère envers lui-même et malgré tous les efforts pour le cacher, cela commençait à se ressentir mais il continua sur des petites blagues tout en nettoyant son bazar, mais chaque détail s’accumuler dans sa tête. La chaleur, le bruit, la sensation de sa chemise contre sa peau, la fatigue et toutes les erreurs. Chaque détail l’étouffer un peu plus alors qu’il tentait de les ignorer se concentrant sur le chat, la Volvo ou sur Arthur.
Mais le point de rupture arriva plus rapidement que voulu, alors qu’il finissait de nettoyer le sol de sa bêtise, il se prit les pieds dans le pot de sciure, renversant tout son contenu sur le sol
Alors qu’Arthur eut le reflex de rire, se moquant de la maladresse du plus vieux, Joseph de son coté, se figea, regardant le bazar qu’il avait à nouveau mis sur le sol. S’en était trop pour lui et sa patience. Il ferma les yeux essayant de retenir les larmes qui lui venait... Son cerveau crié tellement qu’il n’entendait même plus son associé rire ou parlait, il en oubliait carrément le stream.
Il resta la plusieurs longues secondes, dans un silence total, les larmes perlant au coin de ses yeux marrons, il se remit en marche finalement, sans réagir à quoi que ce soit, nettoyant le sol dans le silence avant de monter au bureau, abandonnant le stream.
Arthur l’observa faire, remarquant la détresse de son petit ami, il s’arrêta de rire et le laissa tranquille, un léger sentiment de culpabilité se formant dans sa poitrine. Il savait que Joseph avait besoin de s’isoler alors il ne força rien, le laissant partir, expliquant au chat que ce dernier était fatigué et qu’il valait mieux le laisser tranquille. Il continua donc le streams et les réparations dans le calme, non sans penser à son conjoint avec une petite boule au ventre, mais il ne pouvait rien dire, ne voulant pas éveiller les soupçons sur leur couple
De son coté, Joseph s’était allongé sur le canapé du bureau, enlevant ses lunettes et sa casquette, toujours des larmes d’épuisement perlant de ses yeux, il soupira un grand coup, les mains tremblantes. Dans ce genre de moment il se haïssait, lui et son cerveau désordonné. Et même maintenant qu’il était seul et au calme, ses pensées continuaient de tournée en boucle, se répétant qu’Arthur devait en avoir marre de le supporter, que le chat du stream devait se moquer de lui, qu’il ne serait jamais normal... Et dieu savait à quel point il aurait aimé être normal. Il passait son temps à dire qu’il se foutait du regard des autres, que ça ne le déranger pas que les gens le voient comme un gamin ou quoi que ce soit d’autres. Mais la vérité était que le plus vieux en avait marre, il aurait aimé être comme Arthur, c’est à dire sérieux, adroit, doué... Alors il continua de pleurer silencieusement, fatigué de lui-même, fatigué de ne pas comprendre pourquoi il était comme ça.
Il fut rejoint par Arthur environs une trentaine de minutes plus tard. Sentant le canapé s’affaisser à côté de lui, Joseph releva la tête vers lui en reniflant. Le cœur d'Arthur se sera et il ouvra ses bras, attendant que son compagnon vienne se blottir dans ceux-là, ce que joseph fis presque immédiatement. Le contact d’Arthur avait ce dont de calmer le cerveau de l’autre, qui ferma les yeux, sa respiration se calmant.
— Tout va bien loulou ?... La voix d'Arthur était douce, une pointe d’inquiétude s’y logeant
La réponse de Joseph ne fut qu’un petit haussement d’épaule avec un reniflement triste, ce qui fis légèrement grimacer l’homme qui continua ses caresses douces sur le dos de la chemise de son amant.
— Je sais que tu es fatigué ce n’était rien de bien grave tu sais... Il tenta doucement pour le rassurer. Personne ne t’en veut et puis c’était amusant, ça a fait rire les gens.
— J’en ai marre d’être “amusant” moi, j’ai l’impression d’être un clown... Marmonna la petite voix de Joseph, un peu tremblante. Et puis j’aime pas quand tu dis que j’ai un problème, je fais pas exprès tu sais
La culpabilité d’Arthur doubla dans sa gorge, il serra un peu plus son associé dans ses bras. Bien sûr qu’il savait que Joseph ne faisait pas exprès et qu’il n’avait pas de problème, c’était simplement une blague qu’il avait fait au mauvais moment et maintenant il la regrettait.
— Bien sûr que tu n’as pas de problème, c'était simplement une blague... d’habitude tu en ris aussi alors j’ai pensé que c’était ok... Lui répondis Arthur d’une voix désolée
— Je suis tellement fatigué aujourd'hui, donc je ne veux pas de blague et puis j’en ai marre de ça et de ça et de ça aussi. Il commença à énumérer, sans montrer ni spécifié ce dont il parlait, mais Arthur avait appris à le comprendre alors il l’écouta sans l’interrompre
Une fois Joseph calmer et plus à l’aise, toujours dans les bras d’Arthur, ce dernier repris la parole.
— Je suis vraiment désolé si je t’ai blessé... Tu es parfait comme tu es, je refuse que tu en doute, encore moins par ma faute. Il releva avec une de ses grandes mains, le visage de Joseph pour le regarder dans les yeux. Je t’aime pour qui tu es, et cette partie de toi en fait partie aussi.
Un petit sourire apparue sur les lèvres du concerné, ce qui rassura grandement Arthur... Joseph avait toujours l’air très fatigué mais au moins maintenant il semblait plus rassuré et il se sentait aimé, Arthur avait toujours cet effet sur lui et c’était sans doute la raison première pour laquelle il était tombé amoureux de lui... Jamais il n’avait ressenti le besoin de changer ou de devoir cacher sa façon d’être quand il s’agissait de lui, et bon sang il se sentait tellement aimé et il savait qu’il l’était.
— Moi aussi je t’aime... Mais parfois j’aimerais comprendre pourquoi je suis comme ça.
— On en parlera une fois rentrée si ça te va, tu veux venir chez moi ? Arthur lui proposa doucement, sachant que son appartement était plus proche et donc que Joseph n’aurait pas à subir la route trop longtemps, lui qui détestait les bouchons parisiens
Celui-ci hocha la tête, se levant avec Arthur, remettant ses lunettes et sa casquette, tout en essuyant ses yeux encore humides. Tous les deux, ils firent un rapide rangement avant d’éteindre les lumières et de fermer leur garage, qui avec le temps était devenu leur chez eux.
Main dans la main, ils quittèrent les lieux, laissant le mauvais souvenir derrière eux mais ne l’oubliant pas. Ils savaient tous les deux que c'était le début d’un long processus de compréhension, sur Joseph et sa personnalité, mais ils savaient surtout qu’ils le feraient ensemble.
